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et à la colonisation des plus importantes régions de l’Océanie. Le gouvernement royal a beaucoup à se louer de l’activité qui anime son petit archipel : ses revenus augmentent chaque année ; ils s’élèvent aujourd’hui à environ 120,000 livres sterling, ce qui est fort beau pour un roi constitutionnel de l’Océanie ; mais ses sujets n’y prennent point une part suffisante et n’en profitent pas assez.

Cependant le marché présente tous les matins un spectacle plein d’animation, et à y voir les détaillans indigènes empressés, avenans, on sent que ni le bon vouloir ni l’intelligence ne leur manquent. On ne s’explique pas bien comment ces gens, lorsqu’ils ont réuni un petit capital, ne tentent pas davantage et ne deviennent pas entreprenans à l’exemple de tant d’étrangers qui font fortune au milieu d’eux. Peut-être cela s’explique-t-il par les traditions militaires et pour ainsi dire féodales de l’ancienne société, qui connaissait peu le commerce et n’estimait que la guerre.

Parmi les édifices remarquables d’Honolulu, on peut mentionner la maison du gouvernement, construction à deux étages faite de beaux blocs de corail. Elle reçoit le conseil législatif durant la session, et elle est occupée par les ministères de l’intérieur et des affaires étrangères. Sur une large porte en plein-cintre est sculpté un’ diadème doré, emblème de la dignité royale. La douane, le palais de justice, le marché sont également construits en corail, et ne manquent ni de commodité ni d’élégance. Le palais, confiné à une extrémité de Main-Street et entouré d’arbres et de grands murs, est difficilement visible. Il est spacieux, et renferme à la fois des appartenons décorés dans le goût européen, avec tout le comfortable du luxe moderne, et quelques chambres disposées suivant le vieux mode havaïen. À l’entrée du port se dresse une forteresse, mais elle sert plus de prison que de défense nationale ; on y voit errer nonchalamment deux ou trois sentinelles. Dans ces derniers temps ont été construits des quais magnifiques, au pied desquels il y a une assez grande profondeur d’eau pour que les bâtimens du plus fort tonnage y puissent mouiller et débarquer leur cargaison, ce qui n’empêche pas le bassin d’être animé par le mouvement ininterrompu des petits bateaux indigènes allant, venant, portant des dépêches, échangeant des communications entre les navires. Voici peu d’années seulement que les voitures ont remplacé à Honolulu des espèces de litières traînées par deux indigènes, et qui étaient seules employées ; on y voit aujourd’hui de beaux équipages. Une sorte de réprobation avait fini par s’élever contre l’usage d’employer ainsi les naturels comme des bêtes de somme. L’aspect des rues, avec leur population d’hommes de tous les pays, de toutes les couleurs et de tous les costumes, est des plus pittoresques : la queue, le turban, le panama et le chapeau rond s’y croisent et s’y mêlent en tous sens, et çà et