Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 23.djvu/508

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les finances, dans le système des douanes, ils ne sauraient trop se hâter d’appliquer ce principe d’union qu’ils ont si habilement mis en pratique dans l’organisation de leur ligue militaire. C’est ainsi que les légations, les duchés, la Toscane, s’amalgameront moralement et matériellement, et formeront un groupe indissoluble dont ces conciles du fait accompli que l’on nomme les congrès seront bien forcés de reconnaître l’existence et de satisfaire les vœux, lorsque, fatiguées du provisoire, quelques grandes puissances intelligentes et actives voudront se mettre d’accord pour régulariser enfin la situation de l’Italie.

Si en Italie les résultats directs de la guerre suivent leur développement inévitable, dans le reste de l’Europe les conséquences indirectes de ce grand ébranlement continuent à se manifester. Une des plus curieuses et des plus intéressantes est sans contredit cette agitation unitaire qui travaille l’Allemagne, et que nous signalions il y a quinze jours. Si nous ne consultions que les vieux erremens de la politique traditionnelle de la France, nous ne devrions pas voir d’un bon œil se réveiller plus sérieusement que jamais cet effort moral toujours renaissant et jusqu’à présent constamment déçu du peuple allemand pour sortir de la confusion où le maintiennent les divisions et les complications exagérées de son système fédéral. Le Moniteur, il y a quelques mois, dans une de ces allocutions qu’il avait pris l’habitude d’adresser à l’Allemagne, l’encourageait d’une façon fort imprévue dans cette tendance unitaire ; le Moniteur a été servi a souhait. Nous ne méconnaissons point, quant à nous, la sécurité que donne à la France la division fédérative de l’Allemagne ; cependant, comme le progrès des institutions libérales est à nos yeux la meilleure garantie internationale que les peuples puissent mutuellement se donner dans la civilisation moderne, nous ne pensons point que la véritable intelligence politique doive aujourd’hui s’attacher servilement aux préceptes de l’ancienne routine. En Allemagne comme en Italie, les progrès sérieux de la liberté seconderont le progrès vers l’unité, et le jour où la France renouera franchement avec ses traditions libérales, momentanément interrompues, elle devra s’habituer à ne plus voir un danger pour elle dans la ruine des vieilles garanties que lui offrait le fractionnement de grandes races comme les races allemande et italienne en un nombre ridicule d’états. Quoi qu’il en soit, le mouvement germanique actuel, suscité par la dernière guerre, mais auquel les beaux exemples de l’Italie centrale n’ont pas été inutiles, se distingue par son ensemble, sa modération et son esprit pratique. Les Allemands abandonnent l’unitarisme outré et utopique de 1848 ; ils se bornent pour le moment à demander la concentration aux mains d’une puissance exclusivement allemande de l’initiative diplomatique et militaire dans les rapports de la confédération avec les puissances étrangères. Cette demande est formulée dans des pétitions qui se couvrent partout de signatures. Il va sans dire que la puissance aux mains de laquelle les populations libérales voudraient confier la représentation et la direction de la politique étrangère allemande est la Prusse. Un seul souverain, le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, s’est franchement associé à ce mouvement patriotique, auquel le rattachaient d’ailleurs ses antécédens. « Maintenant, a-t-il répondu à une députation qui