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I.

Giacomo Meyerbeer naquit à Berlin en 1794, d’une famille riche et à laquelle les illustrations ne devaient pas manquer. De ses deux frères, l’un, Guillaume, se rendit plus tard célèbre par ses travaux et ses découvertes astronomiques, et l’autre fut cet aimable, poétique et si regrettable Michel Béer, l’auteur du Paria' et de Struensée, âme rêveuse et sympathique, esprit plein de savoir et de charme, à qui le temps seul a manqué pour se placer au premier rang. Chez le jeune Giacomo, la vocation éclata dès l’enfance; il avait à peine neuf ans que déjà il se faisait entendre en public, et que Charles-Marie de Weber pressentait en lui le plus grand pianiste de l’Allemagne. « L’art ouvre devant vous un magnifique avenir; venez chez moi, à Darmstadt : vous y serez reçu comme un enfant de la maison, et pourrez étancher aux sources mêmes cette soif de connaissances musicales qui vous dévore. » Ainsi lui écrivait l’abbé Vogler, l’organiste et le théoricien par excellence de cette période, le digne maître dont l’enseignement, après avoir formé tant d’élèves célèbres, — les Winter, les Ritter, les Knecht, — devait un jour donner au monde les auteurs du Freyschütz et des Huguenots.

C’est donc chez l’abbé Vogler que commença la période de jeunesse de M. Meyerbeer, cette période inquiète et agitée qui devait se continuer et finir en Italie. Vers la fin de ses études chez l’abbé Vogler, Giacomo Meyerbeer écrivait un oratorio : Dieu et la Nature, lequel se produisait à Berlin, non sans quelque succès, et valait même au jeune musicien le titre de maître de chapelle à la cour du grand-duc de Hesse. A la suite de ce brillant exploit, dont l’honneur avait rejailli naturellement sur son école, l’abbé Vogler quittait Darmstadt pour s’en aller, en compagnie de ses chers élèves, parcourir les principales villes de l’Allemagne, s’arrêtant ici et là lorsqu’un sujet d’études se présentait, et ne perdant pas une occasion d’instruire son monde en dissertant de omni re scibili. Selon les sages principes qui faisaient le fond de la doctrine de cet aimable et doux péripatéticien, ce voyage devait être en quelque sorte le couronnement des classes. Quand les joyeux compagnons musiciens eurent accompli leur tour d’Allemagne, le brave et digne prêtre leur donna sa bénédiction, à laquelle il joignit pour Meyerbeer le diplôme de maestro.

Une œuvre dramatique affectant le style de l’oratorio, la Fille de Jephté, fut le premier produit de cette liberté à laquelle il venait d’être rendu, produit du reste assez incomplet, s’il faut en croire les chroniques du temps, et qui, en dépit des magnifiques choses