Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 28.djvu/40

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science nouvelle prendre une place de plus en plus prépondérante dans des lieux où elle ne devrait être qu’une humble auxiliaire. Quand la munificence princière ou publique édifie des observatoires astronomiques dans des contrées peu mûres pour un mouvement scientifique sérieux, on peut être certain que la météorologie s’y fera la part du lion, parce qu’elle ne réclame pas de ceux qui la cultivent la forte éducation mathématique, les qualités d’ordre supérieur nécessaires à l’astronome véritable. Que d’exemples de ce genre ne pourrait-on citer, aux États-Unis, en Russie, dans d’autres pays encore !

Toutefois cette réaction contre la météorologie a été poussée jusqu’à l’injustice : on est allé jusqu’à dire qu’elle n’avait aucune utilité, que, privée de méthode, elle n’avait pas même d’objet bien déterminé. Pour montrer l’exagération de ces reproches, il suffit de rappeler quels services a déjà rendus cette branche spéciale de la météorologie qui a la mer pour domaine. Les cartes de Maury, le directeur de l’observatoire national de Washington, sont une œuvre dont les hommes de mer reconnaissent toute l’importance. En contribuant à augmenter la célérité ainsi que la sécurité des voyages, l’officier américain a rendu à l’humanité un de ces bienfaits qui ne peuvent se mesurer, parce que les effets s’en multiplient sans cesse et sortent indéfiniment les uns des autres. Il est bien vrai qu’on peut invoquer les travaux mêmes de Maury pour prouver que la météorologie n’arrive à des résultats appréciables qu’autant qu’elle s’applique à des questions nettement définies et se crée des méthodes propres à faire sortir une théorie du chaos des observations individuelles amassées pendant un grand nombre d’années. Le défaut de méthode et l’incertitude même des problèmes sont, on doit bien le dire, les vices principaux de la science nouvelle. La plupart de ceux qui s’y adonnent ne s’assignent aucun but positif ; sous prétexte que les théories ne doivent se fonder que sur l’observation des faits, ils enregistrent machinalement des nombres qui ne disent rien à l’esprit et qui restent oubliés dans la poussière des bibliothèques, faute d’une méthode propre à extraire des observations ce qu’elles contiennent d’essentiel, à les condenser, à les résumer dans une synthèse graduelle et de plus en plus générale.

La météorologie n’a pas jusqu’ici de véritable doctrine ; aussi, pour en faire connaître l’état actuel, il suffit presque d’énoncer les objets divers qu’elle poursuit, car ses efforts n’ont encore été sur aucun point couronnés d’un complet succès. Le but immédiat de l’observateur est la connaissance du temps ; mais qu’est-ce que le temps ? Nous en parlons tous les jours, sans analyser les élémens complexes qui entrent dans ce simple mot. Bien portans ou malades, nous ressentons tous plus ou moins vivement les effets de cet ensemble atmosphé