Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/12

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M. de La Loyère, expédié de Berlin en courrier à M. Casimir Périer et retardé par le mauvais état des chemins et la difficulté du passage des rivières, n’arriva à Saint-Pétersbourg que le 28 novembre, et M. Casimir Périer m’écrivit sur-le-champ qu’il se conformerait avec soin à mes instructions. Quand il les eut en effet exécutées, il me rendit compte de son attitude et de l’effet qu’elle avait produit à Saint-Pétersbourg dans les quatre dépêches suivantes, dont je ne retranche que ce qui ne tient pas au récit de l’incident, ou ce qui ne pourrait être convenablement publié aujourd’hui :

« M. Casimir Périer à M. Guizot.

« Saint-Pétersbourg, 21 décembre 1841.

« Monsieur le ministre,

« Je me suis exactement conformé, le 18 de ce mois, aux ordres que m’avait donnés votre excellence, en évitant toutefois avec soin ce qui aurait pu en aggraver l’effet ou accroître l’irritation. Le lendemain, c’est-à-dire le 19, à l’occasion de la fête de sa majesté impériale, bal au palais, auquel j’ai jugé que mon absence du cercle de la veille m’empêchait de paraître, et pendant ces quarante-huit heures je n’ai pas quitté l’hôtel de l’ambassade.

« Il n’y a pas eu cette année de dîner chez le vice-chancelier. Jusqu’à ce moment, les rapports officiels de l’ambassade avec le cabinet impérial ou avec la cour n’ont éprouvé aucune altération. J’ai cependant pu apprendre déjà que l’absence de la légation de France avait été fort remarquée et avait produit une grande sensation. Personne n’a eu un seul instant de doute sur ses véritables motifs. L’empereur s’est montré fort irrité. Il a déclaré qu’il regardait cette démonstration comme s’adressant directement à sa personne, et, ainsi que l’on pouvait s’y attendre, ses entours n’ont pas tardé à renchérir encore sur les dispositions impériales. Je ne suis pas éloigné de penser et l’on m’a déjà donné à entendre que mes relations avec la société vont se trouver sensiblement modifiées : comme c’est ainsi que j’aurai la mesure certaine des impressions du souverain, dont les propos du monde ne sont guère que l’écho, j’attendrai de savoir à quoi m’en tenir avant d’expédier M. de La Loyère, qui portera de plus grands détails à votre excellence. Jusqu’à présent, je n’ai encore vu personne ; je ne veux pas paraître pressé ou inquiet, et ne reprendrai mes habitudes de société que dans leur cours accoutumé.

« Dans le premier moment, on a dit que l’empereur avait exprimé l’intention de supprimer l’ambassade à Paris, et fait envoyer à M. de Kisselef l’ordre de ne pas paraître aux Tuileries le 1er janvier. J’ai peine à croire à ces deux bruits, que rien ne m’a confirmés. Je sais