Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dire son secrétaire d’état au département des beaux-arts. Il avait pour auxiliaire son propre fils, Ennio Quirino Visconti, qui, à peine âgé de vingt ans, étonnait les maîtres de l’érudition italienne par l’étendue de son savoir, la sagacité de sa critique, et la justesse de son goût. Auprès d’eux brillaient Stefano Borgia, érudit et antiquaire du premier ordre, Jean Bottari, si curieusement initié à l’histoire des peintres italiens, le premier qui ait entrepris de rectifier, de compléter les biographies de Vasari, et à qui l’on doit en outre une collection si intéressante des lettres, des artistes ; Benoît Stai, qui avait poétiquement traduit dans la langue de Virgile les systèmes de Descartes et de Newton ; les doctes et spirituels jésuites Raymond Cunich et Jules-César Cordara, le premier tout occupé d’Homère, le second qui venait de raconter avec enthousiasme l’expédition de Charles-Edouard en Ecosse. D’habiles artistes tenaient dignement leur place à côté de ces savans hommes : il suffit de citer Raphaël Mengs, Pompeo Batoni, Paolo Pannini, Angelica Kaufmann, talens ingénieux et brillans qui représentaient en ses directions variées la peinture du XVIIIe siècle, tandis que l’architecture était honorée encore par des maîtres tels que Simonetti et Antonio Selva. Seule, la littérature d’imagination est insignifiante dans cette période. N’oublions pas toutefois que c’est précisément l’heure où la plus illustre des improvisatrices modernes, Corilla Olympica, est couronnée au Capitole. Non, la société romaine ne manquait point de mouvement ni d’éclat. Si la reine Louise avait pu se nommer dès lors la comtesse d’Albany, si elle avait pu se mêler sans prétentions royales à la vie des salons, nul doute qu’elle eût porté un jugement plus favorable sur les Romains, et qu’elle eût commencé plus tôt le règne si poétiquement gracieux que lui réservait l’avenir. Malheureusement elle ne voyait tout cela qu’à distance. Comment ne pas soupçonner son impatience et son dépit ? Enfin, Dieu merci, cette Rome ennuyeuse où il lui est impossible de jouer un rôle, elle va la quitter à la fin de l’année 1774. Un grand jubilé devait être célébré l’année suivante ; Charles-Edouard ne pouvait se résigner à la pensée que, dans une telle occasion, au milieu de ces cérémonies solennelles, il lui faudrait renoncer pour lui et pour sa femme aux honneurs de la souveraineté. Assister au jubilé sous le nom de comte d’Albany, c’eût été constater sa déchéance dans la capitale du catholicisme. Il dit adieu à Rome et alla s’établir à Florence.


III

Florence ou Rome, c’était même chose pour ce singulier prétendant, qui ne savait plus ni vouloir un trône ni se résigner à l’avoir