Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/34

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tout cela est accueilli ici. Cependant pas un Russe ne s’est fait inscrire chez moi depuis le douloureux événement du 18 juillet. En présence des sentimens unanimes inspirés par cette affreuse catastrophe, cela est significatif. Vous y trouverez la mesure de ce que peut, exige ou impose la volonté du souverain. »

Tout en persistant dans son attitude personnelle, l’empereur Nicolas ne crut pourtant pas pouvoir se dispenser de faire, auprès du roi Louis-Philippe, une démarche qui répondît un peu au sentiment général de l’Europe et de ses propres sujets. J’écrivis le 11 août 1842 à M. Casimir Périer :

« Monsieur, je vous envoie copie d’une lettre écrite par M. le comte de Nesselrode à M. de Kisselef à l’occasion de la mort de monseigneur le duc d’Orléans, et dont M. de Kisselef m’a donné communication. Je me suis empressé de la mettre sous les yeux du roi. À cette lecture, et surtout en apprenant que l’empereur avait immédiatement pris le deuil et contremandé la fête préparée pour son altesse impériale madame la grande-duchesse Olga, sa majesté a été vivement touchée. La reine a ressenti la même émotion. L’empereur est digne de goûter la douceur des affections de famille, puisqu’il en sait si bien comprendre et partager les douleurs.

« Vous vous rendrez, monsieur, chez M. le comte de Nesselrode, et vous le prierez d’être, auprès de l’empereur et de l’impératrice, l’interprète de la sensibilité avec laquelle le roi et la reine ont reçu, au milieu de leur profonde affliction, l’expression de la sympathie de leurs majestés impériales. »


« Copie d’une dépêche de M. le comte de

Nesselrode à M. de Kisselef.

« Saint-Pétersbourg, 20 juillet 1842.

« Monsieur,

« C’est dans la journée d’hier, au palais impérial de Peterhof, où la cour se trouvait réunie, que m’est parvenue la dépêche par laquelle vous nous annonciez l’accident aussi terrible qu’inattendu qui a mis fin aux jours de l’héritier du trône de France. Cette affreuse catastrophe a produit sur l’empereur une profonde et douloureuse impression. Vous savez l’empire qu’exercent sur sa majesté les sentimens et les affections de famille. L’empereur est père, père tendrement dévoué à ses enfans ; c’est vous dire combien la perte qui vient de frapper le roi et la reine des Français s’adressait directement aux émotions les plus intimes de son cœur, combien il en a été affecté pour eux, et à quel point il s’associe du fond de l’âme aux déchirantes afflictions qu’ils éprouvent. Par une de ces fatalités qui dans la vie placent si souvent le bonheur des uns en