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des Russes, fût évacuée par eux et rendue à la Porte un peu plus tôt que ne l’avait stipulé le traité de Bucharest. « Au surplus, ajoutait Achmet-Pacha, la Turquie n’entrera dans aucune alliance offensive et défensive avec la Russie. Ce serait, au sortir d’une guerre, en provoquer une autre, et celle-ci serait plus redoutable, parce qu’elle nous mettrait aux prises avec les Français. Par le même motif, il est impossible que nous accordions aux troupes russes le passage vers la Dalmatie. » Il ajoutait enfin que la guerre entre la France et la Russie lui causait de vives anxiétés, les succès de Napoléon devant inévitablement tourner contre la Turquie. « Cette manière de voir, ajoutait l’agent britannique, doit l’amener, dans des circonstances données, et alors que l’alliance de la Turquie pourrait être le plus utile, à une coopération tout à fait franche. »

Après avoir reçu ces précieuses assurances, sir Robert Wilson, toujours à cheval, repartit pour Routschouk, où il traversa le Danube, et pour le quartier-général russe, en ce moment à Bucharest. Il y trouva Tchichagov encore un peu inquiet des conséquences que pouvait avoir le mouvement en arrière déjà prescrit par son gouvernement. Les paroles du grand-vizir rassurèrent l’amiral russe, qui ne contremanda point, comme il l’avait projeté, la marche de ses colonnes dirigées vers le Dniester. Le premier corps devait, à son compte, y arriver le 24 août, et le dernier vers le 20 septembre [1]. Quant à l’évacuation de la Servie, premier gage de bonne entente avec les Turcs, elle fut consentie sans hésitation.

Nous avons maintenant une idée de l’intrépide et spirituel aventurier, — à la fois soldat et négociateur, — qui, avoué à moitié, mais sans être positivement accrédité, allait jouer son rôle au quartier-général de l’armée russe. À titre plus ou moins officiel, il y représentait

  1. Il traversa effectivement ce fleuve à Choczim le 6 septembre avec vingt-sept mille fantassins et neuf mille cavaliers pourvus d’une belle artillerie. Le 18, il rallia, sur la rive droite du Styr, l’armée de Wolhynie, commandée par Tormazov, qui alla peu après le 30 septembre) prendre, sous Kutusov, la place laissée vacante par la mort de Bagrathion, tué à Borodino ; dès le lendemain de la jonction des deux armées, Tchichagov reçut du généralissime russe l’ordre de marcher sur Moscou avec toutes ses forces, c’est-à-dire avec l’armée dite de Moldavie ; mais celle de Wolhynie avait subi trop de pertes pour pouvoir continuer à tenir seule la campagne. Schwarzenberg, qui, avec plus de zèle et d’activité, aurait pu l’écraser avant l’arrivée de Tchichagov, puisqu’il avait encore à cette époque vingt-six mille Autrichiens, douze mille Saxons et six mille Polonais, commença son mouvement de retraite dès que la jonction fut opérée. Vivement poursuivi, il traversa le Bug à Opalin et Vladova, non sans perdre environ quinze cents hommes tués ou blessés. Ce premier mouvement rétrograde fut suivi d’autres retraites successives qui ramenèrent le corps confédéré Schwarzenberg et Reynier) jusque derrière Briansk. Par là se trouvait découverte, à partir du 12 octobre, l’aile droite de Napoléon ; L’amiral, heureusement pour nous, jugea convenable de faire reposer ses troupes, et du 10 au 27 octobre resta dans une inaction à peu près complète autour de Brest-Litovski.