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maxime : Fais ce que dois, advienne que pourra. » La langue française, comme on peut s’en assurer, jouait un grand rôle dans cette conférence anglo-russe.

Le mouvement en arrière n’en fut pas moins décidé malgré l’opposition de sir Robert Wilson, qui, montrant ici un désintéressement notable, vante la célérité, le bon ordre avec lesquels l’armée russe se replia hors de la portée de nos canons. Permis à nous de regretter que Napoléon et ses lieutenans n’aient pas mieux profité de cette manœuvre de nuit, qui offrait une si belle occasion à leur courage, et pouvait amener, pour l’armée russe, un échec décisif.


III

Après Malo-Jaroslavets, quelques jours de trêve. Rejetée sur la route dévastée de Smolensk, la grande armée s’y traîne péniblement, lentement, encombrée de ses bagages et de ses blessés, mais unie encore et à peine harcelée par les Cosaques, qui s’enhardiront peu à peu. C’est le moment où Kutusov exécute à loisir cette « marche en fer à cheval » qui étonne, qui indigne sir Robert Wilson. Tout en jetant aux passions de son armée ces proclamations, en style oriental, où il parle « d’éteindre l’incendie de Moscou dans le sang des envahisseurs fugitifs, » le vieux généralissime semble, comme de propos délibéré, se laisser devancer. Après cinq longues journées perdues [1] il se ravise, il accourt ; mais à l’heure favorable on dirait que le cœur lui manque. De Biskovo, où il est arrivé, il entend, le 4 novembre, gronder la canonnade du côté de Viazma. Elle lui apprend que Miloradovitch et Platov, placés à cheval sur la route de Federoskoie à Viazma, essaient de couper Davoust et l’arrière-garde. Le vice-roi (Eugène) l’entend, lui aussi, cette canonnade. Déjà hors d’atteinte, il revient sur ses pas, ramenant ses Italiens et ses Polonais au secours des Français compromis. Il vient les sauver, il les sauvera, car Kutusov n’a pas bougé. L’attitude de ses troupes indignées, les supplications de Beningsen, les impétueuses remontrances du « général anglais, » rien, ne put vaincre sa flegmatique inertie. Désespéré, furieux, sir Robert Wilson se hâta d’expédier

  1. De Malo-Jaroslavets, nous l’avons vu, le 26 octobre, reculer sur Goutzarovo quinze milles) et découvrir ainsi la route de Medynsk, <« un vrai scandale, » au dire de sir Robert Wilson. Le 27, l’armée russe marche sur Polotiangnin-Zavorty, vers les Français qu’on disait à Borovsk, le 29 sur Adamoakoie, quand on sait Borovsk évacué, le 30, en passant par Medynsk, vers Kremenskoïe. Le 31, elle fait un brusque à gauche, comme pour gagner Viazma, où le vieux maréchal annonçait qu’il percerait la ligne de retraite ; — le 1er novembre, sur Kougovy. Le 2, elle arrive à Souleiko ; le 3, à Doubrova ; le 4, à Biskovo, à sept ou huit milles de Viazma. Là elle fait halte.