Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/444

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de nouvelles conquêtes. Mise en regard des sévères attraits de la philosophie, son charme s’est trouvé le plus fort, et ce triomphe nous a valu, sur les ministres, sur les grands hommes de guerre, et de préférence sur les belles dames du XVIIe siècle, des pages animées et brillantes, où règnent je ne sais quelles grâces d’ardeur naissante et de premier éblouissement, mais que relèvent surtout une rare puissance d’investigation et la magie d’un style incomparable. Un si bel exemple ne pouvait manquer d’être contagieux : tant de gens sont aujourd’hui de loisir, que la nature avait doués d’un vif esprit et d’une activité pleine de promesses. Plusieurs sont retournés imperturbables à leurs travaux interrompus, enclins plutôt à modifier légèrement, à doucement élargir leurs doctrines primitives qu’à les abandonner tout à fait, alors qu’à côté d’eux leurs amis plus hardis se faisaient honneur de rompre bruyamment avec les méthodes passées, jetant à pleines mains, jusque dans les profondeurs douteuses de l’histoire, des lueurs tantôt éclatantes, tantôt confuses, mais toujours inattendues, et professant sur toutes les questions controversées des opinions qu’il serait aussi puéril d’accepter de confiance qu’injuste de repousser sans examen. Moins impétueux, aussi indépendans, mais plus sûrs dans leurs jugemens, il en est qui ont tâché d’embrasser dans une vue d’ensemble la direction générale imprimée à la politique de notre pays par les puissans fondateurs de notre unité nationale. Plusieurs, à l’aide d’une pénétration historique qui a surpris les plus érudits, sont allés rechercher au fond du berceau et dans les langes mêmes de la monarchie naissante les lettres de noblesse trop longtemps égarées de la liberté politique, tandis qu’habile à discerner les moindres symptômes de l’opinion publique même endormie, un des vétérans de l’école parlementaire nous révélait, à notre grande surprise, dans un récit instructif et rapide, les velléités de résistance qui, toutes portes closes, avaient, sous le premier empire, pénétré jusque dans la discrète enceinte du sénat conservateur et réveillé à petit bruit les échos si longtemps muets du corps législatif. J’en sais enfin qui, à bon droit plus timides et se méfiant justement d’eux-mêmes, ont tout au plus osé se risquer, faute de mieux, à raconter le plus simplement possible les modestes annales de leur province natale. Artisans de la première ou de la onzième heure, qu’ils se soient levés avant l’aurore du jour nouveau ou qu’ils se soient mis tard à leur tâche, ils auraient aujourd’hui grand tort les uns et les autres de se décourager, car l’œuvre en elle-même est excellente. Il y faut, il est vrai, encore plus d’art que de bonne volonté, et ce sera toujours affaire de vocation que d’écrire bien l’histoire ; mais aux époques troublées, quand l’action politique leur devient difficile, cette