Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/478

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l’empire turc et l’état florissant de ses finances aussitôt qu’elles seront assistées par un bon emprunt. Entre ces tableaux fort opposés l’un à l’autre, que croire et que penser ? Où trouver la vérité ?

Dans le prospectus de l’emprunt turc publié le 8 décembre 1860 par le Journal des Débats, nous voyons que « l’administration des finances de l’empire ottoman est confiée à un conseil supérieur présidé par son altesse Méhémet-Ruschdi-Pacha ; que le gouvernement impérial, voulant opérer de grandes réformes dans ses finances, a demandé aux puissances européennes le concours de leurs lumières ; que, pour satisfaire à ce désir, le gouvernement français et le gouvernement autrichien ont confié la mission d’étudier et d’organiser l’administration de l’empire ottoman à MM. le marquis de Ploeuc et Devaux, inspecteurs des finances françaises, et à M. de Lakenbacher, conseiller aulique de l’empire d’Autriche ; que ces fonctionnaires distingués ont été adjoints au conseil supérieur des finances, siégeant à Constantinople, que c’est avec leu concours que se préparent les budgets des recettes et des dépenses de l’empire ottoman. » En lisant ce passage du prospectus de l’emprunt ottoman, je me disais que, si l’on pouvait trouver quelque part la vérité sur l’état des finances turques, ce devait être assurément dans les procès-verbaux des délibérations de ce conseil supérieur. Je m’apercevais en même temps que, dans les noms des membres européens adjoints au conseil des finances, le prospectus de l’emprunt ottoman faisait une omission grave, puisque le nom du commissaire chargé par l’Angleterre de prendre part aux travaux du conseil, M. Falconnet, n’était point cité. Je savais par quelques lettres d’Orient que M. Falconnet avait pris une part active aux travaux du conseil des finances et qu’il avait toujours été d’accord avec le représentant français, M. le marquis de Plœuc. Ces lettres nous permettent aussi de juger de l’état moral des finances turques.

La commission financière dont il est question dans le prospectus de l’emprunt ottoman, et qui est devenue le conseil supérieur des finances, a été formée au commencement de 1859 ; mais ce n’est qu’au mois de novembre de la même année que tous les membres se sont trouvés réunis, et la commission n’a commencé ses travaux d’une manière sérieuse qu’après l’adjonction des membres européens. La part que les membres européens ont prise aux travaux de la commission financière ne fait pas moins d’honneur au caractère des deux rédacteurs qu’à leur esprit et à leur talent ; mais en voyant le peu de succès qu’ils ont obtenu et les obstacles perpétuels qu’ils ont rencontrés, on reste convaincu que l’administration turque, ou plutôt l’oligarchie cupide et prodigue qui est autour du sultan, et que M. Senior appelle fort justement « les cinquante banquiers ou