Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/600

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comtesse d’Albany, écrit Horace Walpole à miss Berry, n’est pas seulement à Londres, il est probable qu’en ce moment même elle est au palais de Saint-James. Ce n’est pas une révolution à la manière française qui l’a « restaurée, » c’est le sens-dessus-dessous si caractéristique de notre époque. On a vu dans ces deux derniers mois le pape brûlé en effigie à Paris, Mme Du Barry invitée à dîner chez le lord-maire de Londres, et la veuve du prétendant présentée à la reine de la Grande-Bretagne. » Il ajoute quelques jours après : « J’ai eu par un témoin oculaire des détails très précis sur l’entrevue des deux reines. La reine-veuve a été annoncée sous le titre de princesse de Stolberg. Elle était vêtue fort élégamment, et ne parut pas embarrassée le moins du monde. Le roi parla beaucoup avec elle, mais seulement de son voyage, de la traversée, et d’autres choses générales. La reine lui parla aussi, mais moins longtemps. Elle se trouva placée ensuite entre deux des frères du roi, le duc de Glocester et le duc de Clarence, et eut avec eux une longue conversation. Il paraît qu’elle avait connu le premier en Italie. Elle n’a point parlé avec les princesses. Je n’ai rien su du prince de Galles, mais il était présent, et probablement il ne s’est pas entretenu avec elle. La reine la regardait avec la plus sérieuse attention. Ce qui rend l’événement plus étrange, c’est qu’il y a fête aujourd’hui pour l’anniversaire de la naissance de la reine. Mme d’Albany a été conduite à l’Opéra dans la loge royale… » Trois semaines après cette présentation, le 10 juin, la comtesse assista à la séance de clôture du parlement. « Elle était, dit M. de Reumont, assise avec d’autres dames au pied de ce trône qui aurait dû appartenir à son époux par droit de naissance, et sur lequel George III portait la couronne des Stuarts. »

L’historien de Mme d’Albany ne sait comment expliquer cette incroyable fantaisie de son héroïne. « C’est malgré soi, dit-il, qu’on est obligé de signaler un tel épisode dans la vie d’une femme d’ailleurs si judicieuse et si pleine de tact. » Gardons ces scrupules pour d’autres occasions ; il y a certainement des épisodes plus fâcheux, des fantaisies plus regrettables dans l’existence de la comtesse d’Albany. Encore une fois, tout porte à croire que, pendant ce voyage d’Angleterre comme pendant son séjour en France, elle songea surtout à n’être reine que par droit de poésie, c’est-à-dire à étendre au loin ses relations et à répandre ainsi le nom, les œuvres, la gloire naissante du poète au moment même où ce poète-, élevant un monument à son amour, s’efforçait de le purifier devant l’avenir.

Il est vrai qu’elle ne rencontra point ce qu’elle cherchait. La bibliothèque du musée Fabre à Montpellier possède sur ce point de précieux renseignemens. Au milieu de tant de souvenirs de la comtesse