Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/672

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(et je choisis à dessein la société le plus digne d’intérêt, et dont les bases doivent paraître le plus solides) s’est engagé dans une voie fort différente de celle qui lui fut d’abord tracée. Sur 180 millions de prêts, 50 ou 60 millions seulement reposent sur la propriété rurale ; 120 millions au moins ont été avancés sur propriétés bâties ou sur terrains propres à bâtir dans la ville de Paris et sa banlieue. Une décision récente autorise les prêts aux communes et aux départemens. Je ne blâme rien d’une manière absolue, mais il y a là incontestablement une mesure à observer. Ce serait tout autre chose en effet, dans des temps difficiles, que de recevoir l’intérêt de prêts faits à l’agriculture, dont les revenus varient peu, ou d’avoir à exercer un recours sur des terrains devenus momentanément sans valeur, ou sur des maisons sans locataires, et partant sans produit. Il y a donc dans l’avenir, pour toutes ces sociétés de crédit, des questions inconnues qui n’ont pas encore été éclairées par l’expérience. La sagesse exige que cet avenir ne soit compromis ni par une méfiance trop inquiète ni par une trop aveugle confiance.

Je m’abstiens de parler de la ville de Paris. Je n’aurais pas les élémens nécessaires pour le faire avec pleine connaissance de cause, et je doute que personne les possède. La multiplicité, la complication et l’élasticité des moyens de crédit mis à la disposition de la préfecture de la Seine pour son budget extraordinaire s’opposent à ce qu’en l’absence d’une suffisante publicité, il soit facile d’apprécier la véritable situation des finances de la ville. Je crois que cette situation est de nature à justifier de sérieuses appréhensions, mais je resterai fidèle à ma résolution de ne rien affirmer dont je ne fournisse la preuve.

Le gouvernement représentatif avait certainement ses inconvéniens. Y a-t-il jamais eu, y aura-t-il jamais un gouvernement parfait ? Il apportait quelque gêne à la libre initiative du pouvoir, et il empêchait parfois quelque bien. Ne prévenait-il pas beaucoup de mal ? Pour ne parler que des finances, les plus ardens détracteurs de ce système de gouvernement soutiendraient-ils que la France ne pourrait pas être un peu moins endettée, un peu moins exposée à des changemens et à des expériences, un peu moins chèrement gouvernée, si la constitution, sans être la charte de \ 830, ni même celle de 1814, accordait à ses représentans un peu plus d’influence sur ses affaires, et en particulier sur les budgets ?


II. — DE QUELQUES IMPÔTS.

Il est un écueil, un bien dangereux écueil, contre lequel la libre discussion a toujours été la plus sûre sauve-garde. Cet écueil, c’est l’amour du changement et l’ardeur des innovations. Nulle part cette