Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 32.djvu/504

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au fond de son chapeau. Il ne fut point assez adroit pour cacher son subterfuge. Ses collègues le rappelèrent à l’ordre, et le speaker lui retira la parole. Cette interdiction de lire des discours est fondée sur une raison très sérieuse. Permettre de lire des discours dans une assemblée élue, c’est s’exposer à introduire dans cette assemblée des voix que l’élection populaire n’y a point portées. Il ne suffit pas en effet de lire un discours pour faire croire qu’on en est l’auteur. En se faisant représenter à la chambre par l’archevêque de Grenade, le suffrage populaire n’a pas entendu y envoyer Gil Blas.

Nous ne voulons donc point parcourir les méandres de la discussion du sénat. Nous ne voulons pas suivre dans leur argumentation les orateurs qui ont rempli la discussion générale au corps législatif. Des discours prononcés de part et d’autre, nous nous bornerons à tirer quelques indications aussi nettes que possible sur la position des deux opinions qui se sont trouvées en présence dans les assemblées : l’opinion des partisans du pouvoir temporel du pape et l’opinion du gouvernement. La contestation a porté sur trois points : la conduite tenue par la France depuis la guerre d’Italie, les principes qui devaient guider notre politique dans la péninsule, enfin ce qu’il faut faire dans la situation actuelle. Le parti clérical a pris avec résolution l’offensive contre la politique italienne du gouvernement. Nous ne pouvons lui donner raison sur la question de principe, nous ne pouvons nous joindre à lui sur la détermination de la conduite qu’il convient à la France de tenir en présence de l’état nouveau de l’Italie ; mais, en ce qui concerne le passé, l’impartialité nous oblige de reconnaître que le parti catholique a eu un certain avantage moral dans les critiques qu’il a dirigées contre la politique italienne du gouvernement. Cet avantage, le gouvernement l’a donné lui-même de deux façons au parti catholique : par la position générale qu’il avait prise vis-à-vis de ce parti depuis le coup d’état du 2 décembre jusqu’à la guerre d’Italie, et par les promesses solennelles et réitérées qu’il avait faites en commençant la guerre.

Le grand jour de la publicité a rendu aux membres des deux chambres la franchise du langage. Le discours du prince Napoléon au sénat, les discours de MM. Kolb-Bernard, Plichon et Keller au corps législatif ont déchiré bien des voiles. Il serait injuste que les immunités de cette franchise fussent refusées à la presse. Nous dirons donc sans hésiter notre pensée sur la situation du gouvernement vis-à-vis du parti catholique. Personne, parmi les contemporains, ne saurait oublier le concours moral que le parti clérical a prêté au coup d’état de 1851. Après avoir harcelé sans justice et sans générosité de ses attaques opiniâtres le gouvernement de 1830 au nom de la liberté, après avoir obtenu de la république de 1848 la liberté d’enseignement, l’immense majorité du parti clérical applaudit de toutes ses forces à la suspension des libertés politiques dont la France avait joui pendant trente-six ans. Nous ne voulons rien dire de blessant pour personne ; mais la nature humaine est ainsi faite, que les partis pensent avoir droit aux faveurs particulières et à la reconnaissance des pouvoirs qu’ils ont salués