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artiste intelligent et zélé, pourvu qu’il reste à sa place et qu’il ne se donne pas les airs d’un premier ténor. De pareilles prétentions peuvent être accueillies à Bruxelles, où Mlle Boulard passe pour une grande cantatrice. Quant à Mlle Listchner, qui est un grand prix du Conservatoire et qui vient de la province, sa voix manque de fraîcheur et de charme.

Le Théâtre-Lyrique est bien plus heureux que tous les autres ; il a fermé ses portes à la fin du mois de mai, et il s’est endormi du sommeil des justes qui ont beaucoup travaillé et peu récolté ; Quand et où se réveillera-t-il ? , C’est une question qui n’est pas encore résolue. Le Théâtre-Lyrique doit faire sa réouverture au mois de septembre ; mais on ignore si la nouvelle salle qu’on a construite place du Châtelet, et qui lui est destinée, pourra être prête pour l’automne prochain. Dans une représentation donnée au bénéfice de M. Battaille le 8 mai, on a représenté à ce théâtre un opéra-comique en un acte, Au Travers du Mur, très gai et très amusant. Les paroles sont de M. de Saint-Georges, et la musique, de M. le prince Poniatowski, est facile, naturelle et sans prétention. J’y ai remarqué un trio pour voix d’homme plein d’incidens comiques, une jolie romance qui se dénoue en duo et que Mlle Moreau a fort bien vocalisée, un duo aussi pour des voix d’homme vivement conduit. Toute la partition de cette improvisation princière, Au Travers du Mur, est agréable, souriante, et s’écoute sans efforts. Mlle Moreau y a été charmante avec sa belle voix de soprano, qu’elle dirige avec goût. À une autre représentation extraordinaire du Théâtre-Lyrique donnée le 15 mai au bénéfice de Mme Viardot, on a représenté pour la première fois un opéra en un acte, le Buisson vert, paroles de M. Fonteilles, musique de M. Léon Gastinel, dont nous avons déjà mentionné le nom dans notre dernier article sur les concerts. La musique du Buisson vert, œuvre beaucoup moins importante que la grand’messe que M. Gastinel a fait exécuter à l’église Saint-Eustache, n’en est pas plus originale pour cela. Il est à souhaiter que M. Léon Gastinel, qui a vraiment du talent, se dégage des formules, à la mode, et qu’il prenne une physionomie. C’est un souhait qu’on peut faire pour le plus grand nombre des compositeurs modernes.

Si les concerts et les théâtres lyriques de Paris ont fourni à peu près ce qu’ils avaient de plus curieux, les fêtes musicales commencent à briller dans plusieurs villes de France et de l’Europe. Il y a eu à Aix-la-Chapelle, les 19, 20 et 21 mai, une de ces grandes réunions d’amateurs et d’artistes qui placent l’Allemagne au-dessus de toutes les autres nations. Conduite par le maître de chapelle du roi de Bavière, M. Lachner, cette masse d’exécutans, qui se composait d’un orchestre de cent cinquante musiciens et d’un chœur de quatre cent cinquante voix, a dit le premier jour la première partie de la Symphonie héroïque de Beethoven et la deuxième partie de la Messe solennelle en ré du même maître ; le deuxième jour, la Symphonie en ut de Mozart, et Josué, oratorio de Handel ; le troisième jour, l’ouverture d’Oberon de Weber, un air ancien de l’abbé Rossi, un concerto de piano de Schumann, exécuté par Mme Clara Schumann, veuve de ce maître, enfin le concerto de violon de Beethoven exécuté par M. Joachim, le plus admirable virtuose qu’il y ait aujourd’hui en Europe sur cet instrument. Au dire d’un grand connaisseur, cette fête musicale d’Aix-la-Chapelle, à laquelle je devais