Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 36.djvu/262

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on organisa des courses annuelles dans diverses villes de l’Angleterre et de l’Ecosse. La plupart des rois, à partir de Jacques Ier, exercèrent un patronage efficace sur ces divertissemens nationaux. La période des quatre George fut l’âge d’or du sport. À l’exemple des souverains, l’aristocratie anglaise prit un intérêt fanatique aux nouveaux jeux isthmiens. Elle se rendait alors sur le champ clos des courses en grande cérémonie, dans des voitures traînées par six magnifiques chevaux, avec une armée de domestiques magnifiquement galonnés. La grandeur et la beauté du spectacle attirèrent bientôt toute la population, qui se montra aussi enthousiaste que l’aristocratie elle-même pour les fêtes hippiques.

Aujourd’hui ce qui était à l’origine un amusement et un spectacle est devenu une science, une affaire, une institution. De son côté, la spéculation, amorcée par les chances brillantes du gain, s’est lancée à bride abattue dans cette nouvelle arène, où l’incertitude des événemens imprime aux différens marchés un caractère aléatoire. Qui dira en effet ce qui se glisse entre la coupe et les lèvres dans les espérances du turf ? Au point de vue de l’histoire des mœurs, une grande curiosité s’attache, si je ne me trompe, à une pratique nationale dans laquelle d’énormes capitaux se trouvent chaque jour engagés, qui exerce tant d’intelligences, et qui a créé dans la société anglaise des industries toutes particulières. Donner une idée des courses de chevaux et surtout du Derby, qui résume en quelque sorte toutes les fêtes nationales, faire connaître la vie du cheval anglais et du jockey, décrire le nombreux personnel qui se rattache au turf, tel sera l’objet de cette nouvelle étude. Le terrain de nos observations se trouve marqué d’avance par la nature même du sujet : à Epsom, nous rencontrerons la plus célèbre des courses ; à New-Market, les industries qui vivent sur le cheval ; à Londres, le foyer de la spéculation connue sous le nom de berring (jeu des paris).


I

Le 28 mai 1861, j’assistais à une séance de la chambre des communes, quand, vers la clôture, lord Palmerston se leva, et proposa d’ajourner au surlendemain les travaux parlementaires. « Il est inutile, ajouta le premier ministre, d’entrer dans les détails, car je crois que les raisons de cet ajournement sont bien connues des honorables membres. » Un sourire accueillit ces paroles, et il n’y eut pour le moment qu’une opinion dans la chambre, car whigs et tories avaient