Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/133

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de cerfs en Angleterre (si ce n’est, dit-on, dans le Devonshire), les Anglais ont la chasse au cerf, pour laquelle on élève ces nobles quadrupèdes dans des parcs où on les amène des forêts du continent. L’Ecosse a d’ailleurs conservé derrière ses montagnes la faune primitive, qu’on atteint à la course avec une meute de chiens (hunting), ou bien qu’on abat au fusil en se glissant de buisson en buisson, de rocher en rocher, jusqu’aux retraites solitaires où se rassemblent les daims (deer slalking). Il existe encore beaucoup d’autres sports : la chasse aux coqs de bruyère, qui attire tous les ans un grand nombre de gentlemen dans les landes (moors) du pays de Galles, la chasse aux faisans, la chasse aux loutres, la chasse aux canards sauvages, qui présente quelquefois sur les côtes de grands dangers, dans le cas où le chasseur se trouve surpris entre des murs de rochers par l’invasion des hautes marées. Je ne m’attacherai pourtant qu’à la chasse au renard, la plus nationale et la plus populaire de toutes en Angleterre.

La chasse, — et les Anglais le reconnaissent, — est un reste de l’état sauvage ; mais elle a subi de bien grandes modifications avec les progrès de la société. On étonnerait beaucoup les naturels du Canada en leur apprenant qu’en Angleterre la chasse est un amusement ; pour eux, c’est un travail de tous les jours, et le seul qu’ils pratiquent. Ne les surprendrait-on pas encore davantage, si on leur disait que les Anglais dépensent beaucoup de soins et d’argent à conserver chez eux quelques représentans de cette grande famille d’animaux carnivores que les tribus sauvages ont tant d’intérêt à détruire ? La chasse, qui joue un si grand rôle dans l’histoire de la Grande-Bretagne, a aussi changé plusieurs fois de caractère, à mesure que le déboisement, les progrès de la culture et d’autres causes amenaient dans l’île l’extinction de certaines familles zoologiques. Sans m’arrêter aux annales du sport, qui présentent néanmoins en Angleterre plus d’intérêt que partout ailleurs, je rechercherai quel est l’état présent de la chasse au renard (fox-hunting). L’étude de ce passe-temps national embrasse naturellement trois ordres de faits : les préparatifs de la chasse, le personnel des officiers qui y concourent et la vie des chasseurs. Au château de Berkeley, dans le Glocestershire, nous trouverons le type d’une de ces meutes (packs) dont l’aristocratie anglaise se montre si fière ; à Melton-Mowbray, dans le Leicestershire, nous pourrons nous faire une idée de l’état-major d’une partie de chasse fashionable ; mais c’est au milieu des populations de la campagne, dans un village situé à l’ouest de l’Angleterre, que se montrera dans tout son jour l’enthousiasme des Anglais pour un divertissement célébré par le chant des poètes, et qui exerce une influence si grande sur les mœurs rustiques.