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I

L’automne dernier, j’étais allé passer une semaine à Olveston, dans le Glocestershire, chez un chanoine de la cathédrale de Bristol, le révérend Henry Moseley, membre correspondant de l’Institut de France et l’un des savans les plus distingués dont se glorifie le clergé anglican. Le presbytère, vicarage, dont une des ailes s’élève en face de la vieille église surmontée d’une tour avec des pinacles, est une élégante maison dans le goût moderne, abritée comme un nid par l’épais feuillage d’un rideau de grands arbres. Cette église appartenait jadis à l’abbaye de Bath ; elle relève à présent du chapitre réformé de Bristol. Il est curieux de voir dans les campagnes de l’Angleterre avec quelle facilité les monumens du culte, les charges, les bénéfices, les traditions et les terres de l’église sont passés des mains du clergé catholique dans les mains du clergé protestant. La trace même de cette transition se trouve aujourd’hui plus ou moins effacée du sol de la Grande-Bretagne. Je fus heureux d’étudier à Olveston l’histoire des mœurs modernes dans un village anglais, et surtout la vie cléricale, qui présente, au milieu des champs, un caractère tout nouveau pour l’étranger. Il ne faudrait point comparer les ministres anglicans à nos pauvres curés de campagne. Ce sont des gentlemen revêtus d’une autorité spirituelle qui rencontre, il est vrai, plus d’une limite dans les sectes dissidentes, mais que tout le monde reconnaît et vénère comme une magistrature morale qui n’attente point à la liberté de conscience. Chez lui, le vicaire anglais est entouré de tout le comfort de la vie, relevé par les charmes de l’étude, les loisirs littéraires et les saintes émotions de la famille. C’est même autour du foyer domestique, comme autour de l’église, que viennent se réunir et se grouper pour lui les devoirs religieux. Il est prêtre et il est père ; il a des filles qui répandent l’instruction dans les écoles et les aumônes dans les chaumières. Tout respire sous son toit paisible un air de prospérité, une grandeur simple et le bonheur dans la tranquillité de l’âme. Sa maison est la tente d’Elie déployée sur le versant de la colline et où l’on aime à demeurer, bonum est nos hic esse. Autour d’Olveston, la beauté du paysage convie à ce bonheur de la sagesse, si admirablement décrit dans les saints livres, et que les prédicateurs anglicans prennent volontiers pour texte de leurs sermons. La vue s’étend à l’infini sur un horizon de vastes et luxuriantes prairies, clair-semées de grands arbres, lesquelles, de distance en distance, descendent et se relèvent avec un mouvement harmonieux. Jusqu’ici rien ne diffère encore du panorama de verdure qu’on rencontre