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dans divers endroits de la Grande-Bretagne ; mais ces immenses tapis d’herbe se trouvent brusquement déchirés dans le lointain par le cours sombre et orageux du Severn, — un fleuve qui a deux ou trois milles de large et qui s’emplit tout à coup aux heures de la marée, tant le lourd Océan-Atlantique pousse avec violence ses flots à travers l’embouchure, qui se rétrécit bientôt entre un double mur de rochers. Au-dessus du fleuve s’élèvent, en s’étageant les unes sur les autres, les montagnes situées au sud du pays de Galles, et qui forment à perte de vue la couronne sévère de ces riches campagnes [1].

Mon premier soin fut de m’informer si cette partie du Glocestershire était célèbre pour la chasse au renard, et j’appris bientôt que la paix du presbytère était en effet troublée plus d’une fois en hiver par le son du cor, les aboiemens des chiens et le galop des chevaux qui passaient sur les terres d’Olveston avec des chasseurs en habit rouge. J’aurais dû m’en douter à la nature de la contrée, car il y a des traits auxquels on peut reconnaître un paysage favorable pour ce genre de sport. Au point de vue qui nous occupe, les comtés de l’Angleterre peuvent se classer en deux catégories, ceux qui produisent surtout de l’herbe pour les bestiaux, grass countries, et ceux qui ne contiennent guère que des terres labourées. Les économistes seraient peut-être tentés d’accorder la préférence aux derniers ; mais les amateurs de la noble science, — ainsi que les Anglais appellent le fox-hunting, — ont leurs raisons pour penser tout autrement, et les chasseurs de renard, qui habitent les contrées plus ou moins herbues, regardent avec une certaine pitié ceux de leurs confrères condamnas à vivre dans les contrées arables. Ce mépris de Nemrod pour la charrue s’explique par diverses causes, et d’abord il reproche aux terres remuées par le soc de ne point retenir l’odeur du renard avec autant de fidélité que les terres à prairies. Il est vrai que les endroits où l’on met paître les troupeaux, postures, sont généralement enclos de haies et de barrières qui présentent un obstacle à la course des chevaux ; mais ce sont précisément les obstacles qu’aime et que recherche le véritable chasseur de renard. Où serait pour lui le plaisir, s’il n’était pas exposé à se rompre le cou ? La partie du Glocestershire où je me

  1. Olveston, qui n’est qu’un simple village, a pourtant sa chronique. On raconte que, lors de la conquête, Guillaume donna le manoir d’Aloston (un hameau voisin et enveloppé maintenant dans la même paroisse) à Gwarine de Metz, qui descendait de la maison de Lorraine. Son fils nommé Fulk lui succéda. Il jouait un jour aux échecs avec le roi Jean, quand celui-ci, furieux sans doute d’avoir perdu la partie, faillit casser la tête à son adversaire en lui assénant un grand coup d’échiquier. Fulk prit sa revanche, et, frappant avec le même assommoir, laissa le roi Jean à moitié mort.