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meute. La distribution des biens est parmi les animaux, comme parmi les hommes réunis en société, un grand sujet de division : c’était à qui maintiendrait son droit autour de la table, et plus d’un puissant chien semblait disposé à discuter la question économique avec ses confrères en montrant les dents. Bientôt pourtant, grâce peut-être à la présence du feeder, l’ordre se rétablit ; un cercle de museaux allongés dessina parfaitement la forme de l’auge, et tandis que les convives dévoraient en silence leur frugal repas, toutes les queues vibraient fortement de droite à gauche avec un mouvement d’horloge qui devait exprimer la joie.

Tous ces chiens portent le nom de fox-hounds (chiens à courre le renard) et constituent aujourd’hui une race très distincte dans la Grande-Bretagne. Cette race n’existait pourtant point il y a deux siècles [1]. D’où vient-elle ? C’est une question qui a fort occupé les archéologues de la noble science aussi bien que les naturalistes, et malgré leurs travaux une certaine obscurité règne encore sur l’origine de cet ennemi particulier du renard. L’opinion la mieux fondée à mon sens est que le fox-hound descend du talbot. Qu’est-ce maintenant que le talbot ? On conserve encore en Angleterre dans les parcs de quelques châteaux une espèce de grands chiens que Landseer a immortalisée dans plusieurs de ses peintures. Ce sont des animaux intraitables et dangereux, qui ne reconnaissent guère d’autorité, et que le fouet lui-même n’empêche pas de satisfaire, l’occasion aidant, une inclination naturelle pour le sang. Ils se montrent d’ailleurs lents à la course, et ne conviendraient pas du tout pour la chasse au renard telle qu’elle se pratique maintenant, avec des chevaux lancés à grande vitesse. Le talbot apparaît donc aujourd’hui de loin en loin comme un chien historique ; il appartenait à la famille des limiers, blood-hounds, dont parle souvent Walter Scott, et qu’une société anglaise, Thrapstone association, voulut appliquer en 1803 à la poursuite des assassins, tant elle avait reconnu chez eux les qualités d’un excellent sergent de police. Cet ancêtre de la race a servi de souche à deux variétés, le stag-hound, chien de chasse pour le cerf, et le fox-hound, chien de chasse pour le renard. Ce dernier n’est guère qu’une modification du premier ; mais, ayant été différemment élevé depuis des générations et employé à un autre genre de chasse, il se reconnaît tout de suite à

  1. On ne trouve aucun document précis dans les annales du sport et des passe-temps britanniques qui permette de rapporter à une date certaine l’origine de cet animal, formé en quelque sorte par la main de l’homme. Si l’on accepte cependant l’autorité du révérend William Chafin, qui a écrit des anecdotes sur la chasse, la première meute régulière de fox-hounds fut établie à l’ouest de l’Angleterre par Thomas Fownes, esquire de Stepleton, dans le Dorsetshire, vers l’an 1730.