Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/154

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soit, vous comprenez tout de suite que la nouvelle manière de chasser réclame plus de vitesse dans les chevaux, plus d’audace dans les cavaliers, que l’ancien fox-hunting.

« A la tête de cette petite armée qui se propose d’entrer en campagne durant la saison d’hiver se place le maître (master), appelé aussi quelquefois master of fox-hounds (maître des chiens de chasse). C’est une dignité fort recherchée et l’un des plus grands honneurs que puisse acquérir un gentilhomme dans tous les comtés de la Grande-Bretagne où la chasse au renard est en honneur. Ses fonctions sont, bien entendu, gratuites, je pourrais même dire qu’elles sont très dispendieuses, car dans plus d’un cas il lui faut entretenir à lui seul une meute, des chevaux et tout un état-major de chasse ; mais à ce noble jeu ne se ruine point qui veut : il faut que le maître soit élu ou approuvé par les propriétaires du district. Cette situation, la plus haute de toutes celles que puisse ambitionner un vrai sportsman, est généralement occupée dans les campagnes par des lords ou par des squires. La squirearchie britannique constitue, selon nos idées, une classe unique dans le monde, et dont on ne retrouverait l’équivalent chez aucun autre peuple. Vous devez avoir reconnu depuis longtemps que nous sommes une nation hiérarchique : à tort ou à raison, nous avons le respect du sang. Voulez-vous savoir maintenant ce que nous admirons surtout chez ces gentilshommes ? Ils n’ont rien en eux de mercantile, ils mettent résolûment l’honneur au-dessus de tous les intérêts, et s’ils ont une fois donné leur parole, ils la tiennent. — Ce sentiment, lui fis-je observer, m’étonne un peu chez un peuple qui doit au commerce une grande partie de sa gloire et de ses ressources politiques. — Cela est vrai, reprit-il, nous devons beaucoup au commerce ; mais on ne fait pas une grande société avec un seul élément. C’est justement parce que nous sommes un peuple de marchands que nous estimons à un haut degré les qualités opposées, et que nous tenons à conserver en principe une classe d’hommes vivant dans une autre sphère et sur d’autres traditions.

Un des premiers soins du maître qui a été investi de la confiance des autres chasseurs, et qui se propose de battre le pays avec ses chiens et à ses frais, est de tracer une assez grande circonscription de terrain sur laquelle il puisse courir. Peut-être y a-t-il encore en Angleterre des masters possédant toute une contrée de chasse (fox-hunting country) ; mais ils sont très rares, et pour mon compte je n’en connais point. Les masters sont donc pour la plupart obligés de s’entendre avec les autres propriétaires et surtout avec ceux auxquels appartiennent les couverts où se cache le renard (coverts). La permission est presque toujours accordée, mais à une condition :