Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/170

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ont surnommée Minerve dans un salon et Diane parmi les chasseurs. Les convives parlèrent surtout de leurs exploits durant la journée ; on signala aussi plusieurs chutes de cheval dont une seulement présentait de la gravité. Ces accidens sont si communs qu’à moins de complications dangereuses ils excitent plutôt le sourire que la pitié. La caricature les a illustrés en Angleterre sous toutes les formes. Les chasseurs, de leur côté, mettent une sorte de point d’honneur à se rompre les os avec la plus parfaite indifférence. L’un d’eux, ayant roulé dans un fossé et voyant son cheval passer pardessus lui avec la selle vide, s’écria : « N’avais-je pas toujours dit que Jemmy (c’était le nom du cheval) ferait un bon sauteur ! » Un autre qui, en tombant, s’était cassé la jambe, dit à un confrère qui lui demandait de ses nouvelles sans descendre de cheval : « Ne faites point attention ta moi ; mais, si vous repassez par ici, donnez-moi des nouvelles du renard, je crains que les chiens n’aient pris une mauvaise route. « Le fox-hunting ne doit-il point avoir pour les Anglais des attraits bien extraordinaires, puisque la passion de ce divertissement résiste chez eux aux leçons les plus sévères ? On racontait précisément à table l’aventure d’un sportsman qui était au lit, — on y serait à moins, — pour s’être brisé une côte et blessé grièvement le bras. « Dans combien de temps, demanda-t-il au médecin avant toute autre question, serai-je à même de rejoindre mes amis et de reprendre ma place dans l’avant-garde de chasse ? — Ne songez point à cela maintenant ; il vous faut du repos. — Que dirait-on de moi, docteur, si je n’assistais point cette année à la clôture du fox-hunting. — Et quand est la clôture ? — Dans trois semaines. — Eh bien ! j’espère que dans trois semaines vous serez en état, mon cher monsieur, de vous rompre tout à fait le cou, » telle fut la réponse du docteur. Les événemens tragiques ne sont pas rares en effet à la chasse au renard, et je pourrais nommer plus d’un lord d’Angleterre qui a trouvé la mort dans cet amusement.

Où est le mérite, dira-t-on peut-être, d’un stoïque courage dépensé pour un but frivole et stérile ? Je ne cacherai même point que tel est un peu mon avis ; mais les fox-hunters envisagent les faits à un autre point de vue. Suivant eux, ce n’est pas seulement le type des chevaux de guerre que la chasse au renard maintient intact dans la Grande-Bretagne ; cet exercice périlleux développe aussi la science de l’équitation, et forme le noyau d’une excellente cavalerie. Ils invoquent à l’appui de leur opinion l’autorité du duc de Wellington. Ce dernier regardait si bien le fox-hunting comme la pépinière de la cavalerie anglaise, qu’il préférait toujours des chasseurs de renard pour ses aides-de-camp, et qu’il fit plusieurs fois des sacrifices afin d’encourager ce genre de sport. On lui parlait un jour d’une meute qu’on se proposait d’organiser par souscription