Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/399

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d’une imposition, de douter de la validité des dispositions, d’en détourner le véritable sens, c’est ce que sa majesté a dû voir avec autant de surprise que de mécontentement, et ce qu’elle ne tolérera jamais. Sa majesté connaît les classes de ses sujets qui, dans la province d’Auvergne, ont su se soustraire à une partie de la contribution qu’ils auraient dû acquitter ; elle fera exécuter la loi à l’égard de tous les propriétaires indistinctement ! Le commissaire du roi fera connaître enfin à l’assemblée qu’elle s’est écartée des fonctions que le roi lui avait permis d’exercer sous son autorité, et qu’elle doit désormais s’occuper avec plus de soin et de mesure de justifier sa confiance et celle de la province. »

L’assemblée ne se laissa pas intimider par la lettre ministérielle. Le 22 décembre, La Fayette lui présenta un nouveau projet de délibération ainsi conçu : « L’assemblée provinciale d’Auvergne, encouragée jusqu’à la fin de ses travaux par le doux espoir d’obtenir l’approbation du roi, n’a pu recevoir les marques inattendues de son mécontentement sans être frappée d’une profonde consternation. Il ne lui resterait, dans sa vive douleur, aucune consolation, si chacun de ses membres, en adoptant la délibération du 23 du mois dernier, n’avait pas uniquement suivi la voix de sa conscience. L’assemblée abjure toute expression qui aurait pu déplaire à sa majesté ; mais elle doit à la patrie, au roi lui-même, de persister dans les sentimens qui ont formé le fond de sa délibération. Elle ose espérer que sa majesté, touchée de la situation particulière de cette province, daignera ne pas rejeter sa première proposition ; elle la réitère avec confiance aux pieds d’un roi chéri, dont elle tient une existence qu’elle s’empressera de consacrer à la gloire et à la satisfaction de sa majesté, essentiellement liées au bonheur de ses peuples. « Après ce vote, l’assemblée se sépara. Ainsi se termina, par une rupture qui laissait tout en suspens dans la province, une session commencée sous de plus favorables auspices : triste récompense des efforts du roi, fatal prélude de ce qui devait arriver aux états-généraux. Toutes les assertions du rapport étaient réellement exagérées ; alors comme aujourd’hui, plus riche et plus peuplée que les deux tiers du territoire national, l’Auvergne devait ces avantages à la fertilité prodigieuse de ses plaines et à l’industrie pastorale de ses montagnes. Dans la répartition générale des impôts, elle ne payait pas plus que sa part. il appartenait d’ailleurs à La Fayette moins qu’à tout autre de marchander le faible secours que demandait le roi, car le déficit des finances tenait surtout à la guerre d’Amérique, qui avait dévoré un milliard.

L’idée des anciens états ne fut pas abandonnée après la clôture de l’assemblée provinciale. Le président continua à s’en occuper, il