Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 40.djvu/895

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Vous apercevez au contraire une véritable efflorescence de règlemens et d’interventions officielles chez le peuple centraliste, sous l’influence des instincts sociables et de l’esprit philosophique qui le constituent. Et cela est en vérité fort naturel. Autrement que ferait-il de cette notion du droit qui est son grand trait de lumière intellectuelle ? Une pratique spontanée, une tendance obéie d’elle-même par chacun ? Vous n’y pensez pas… Rentrons dans nos limites. Il en fera ou plutôt il en laissera faire un texte inépuisable de lois et d’institutions ; n’en demandez pas beaucoup plus à notre indigente espèce, Sans doute, quand on porte en soi un idéal, c’est pour le reproduire ; mais l’artiste qui convient ici n’est autre que le législateur, car cette idée du droit, grosse qu’elle est de violences faites à notre égoïsme, ne va pas apparemment s’imposer d’elle-même.

Une nation où vit cet idéal l’appliquera donc, si haut qu’il porte, au règlement légal de toutes les relations humaines, d’abord aux relations des individus entre eux. Quelle police ! Je ne vais pas l’énumérer, ce serait sans fin. Un seul cas, un cas extrême, il est vrai, va nous donner la mesure de tout le domaine qui lui appartient et qu’elle remplit. Rappelons seulement cette police des manufactures, qui a pour but de protéger l’enfant contre le père. Telle est la confiance du législateur dans le cœur humain, dans les émotions les plus tendres et les plus harmonieuses qu’il nous soit donné de ressentir : il n’y croit pas, il s’en défie profondément : aux suavités instinctives (qui feraient travailler quinze heures par jour un enfant de huit ans) il ajoute la voix de ses commandemens et la sanction de ses pénalités. On ne voit pas que ce soit de trop, il paraît même que c’est indispensable. Tous les peuples, les uns après les autres, font une loi là-dessus à mesure que l’industrie leur vient. Étonnez-vous donc après cela que l’égoïsme soit suivi et réglementé pas à pas, partout ailleurs où il serait une pure exaction, une entreprise ou plutôt un attentat de tous les jours, sans limite et sans tempérament !

Cette répression est chose où excelle une race centraliste en vertu des instincts que nous y avons reconnus. Comme elle a un goût de la société très propre à multiplier et à compliquer les rapports humains, comme elle n’a pas moins le goût du droit, il s’ensuit qu’elle souffre, qu’elle fait même volontiers tout ce qu’il faut de règlement à cette complication sociale.

Tels sont les soins qu’elle prend des relations civiles : elle ne s’applique pas moins à réglementer les relations politiques, celles des individus avec la société, avec l’état, qui est le gérant social. Si l’on ne savait pas comment elle opère, il serait aisé de le prévoir de par ses instincts. Vous pouvez y compter : elle multipliera les prévisions et les solutions favorables à l’intérêt général, soit que la société lui