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respirait au contraire la plus parfaite confiance dans le succès de l’institution. Le seul vote remarquable porta sur l’augmentation des vingtièmes, que l’assemblée refusa en se fondant sur l’état de crise où se trouvait la ville de Lyon. Ce vote eut des conséquences assez graves. Après la clôture de l’assemblée, la commission intermédiaire[1] demanda au prévôt des marchands de tenir ses séances à l’hôtel de ville ; mais les magistrats municipaux, poissés par l’intendant, refusèrent. La commission fut contrainte de se réunir au château d’Oullins, près de Lyon, qui appartenait à l’archevêque, et là elle écrivit aux ministres pour se plaindre de ce procédé. En même temps l’intendant s’opposait à l’impression des procès-verbaux sans son autorisation préalable ; les syndics-généraux lui firent une réponse assez vive. « Nous sommes chargés, monsieur, de vous témoigner l’étonnement de la commission sur l’interprétation que vous avez donnée aux ordres de M. le garde des sceaux en vous déterminant à empêcher par voie d’autorité la distribution des procès-verbaux que l’assemblée a fait imprimer en la forme de droit. La plus simple réflexion peut rétablir les choses dans l’état où elles doivent être, et la commission se flatte d’autant plus que votre opinion s’accordera avec la sienne sur cet objet, qu’ayant entre vos mains, depuis plusieurs jours, une expédition en forme du procès-verbal, vous n’y avez sûrement rien trouvé qui puisse blesser l’ordre public. » L’intendant ayant persisté dans sa résistance, l’archevêque écrivit lui-même aux ministres, et la défense fut levée. Il fut en même temps décidé que les séances de la commission se tiendraient à l’avenir à l’hôtel du Concert, qui formait une des dépendances de l’hôtel de ville.

Un mémoire lu à la commission à la fin de février 1788 contient des détails intéressans sur une de ces crises commerciales qui affligent périodiquement la ville de Lyon. Une souscription ouverte sur place pour venir au secours des ouvriers sans travail avait produit 280,000 livres, « somme qui paraîtra d’autant plus considérable, disait l’auteur du mémoire, que dans le cours de la même année l’Hôtel-Dieu a reçu en aumônes extraordinaires, pour l’établissement des lits à seul, 165,000 livres. » Ces efforts généreux ne suffisaient pas. Le nombre des ouvriers secourus, suivant les états fournis par les curés, s’élevait à 19,680, et les deux sous qui leur étaient alloués par jour formaient un total de 59,000 livres par mois ; si de nouvelles aumônes ne survenaient pas, la caisse ne devait plus avoir de fonds à distribuer au 15 avril. »

  1. Les procès-verbaux manuscrits de cette commission intermédiaire sont conservés aux archives ne Lyon ; j’ai pu en prendre communication sur les indications ne M. Dareste de La Chavanne, correspondant de l’Institut.