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LE PÉCHÉ DE MADELEINE.

c’était comme un pas léger sous ma fenêtre. Qui donc était là par cette nuit affreuse ? Quelque paysan sans doute attardé dans les mauvais chemins et sans abri contre la tempête. Je m’approchai de la croisée et m’efforçai de pénétrer du regard l’effrayante obscurité de la nuit. En ce moment, on frappa un coup à l’un des volets du rez-de-chaussée ; je savais que de la cuisine, où elle couchait, Marie-Anne ne pouvait entendre cet appel. J’ouvris la fenêtre et me penchai au dehors : un flot de pluie impétueux et glacé vint m’aveugler en me frappant au visage, et le vent, pénétrant à l’intérieur, éteignit la lumière. Tandis que je m’efforçais de la rallumer, la vigne qui tapissait la maison s’agita violemment : j’entendis un bruit de feuillages et de branches froissées, et comme je me retournais avec effroi vers la fenêtre, demeurée ouverte, un homme la franchit hardiment et se tint debout devant moi. Je jetai un cri, et, tombant à genoux, je tendis les bras vers lui, car je l’avais reconnu à travers ses cheveux en désordre et la pluie qui ruisselait sur son visage. Il ferma la fenêtre, puis, me soulevant dans ses bras, il m’emporta près du feu.

— N’ayez pas peur, c’est moi, dit-il, en rejetant son manteau souillé de boue et s’agenouillant à mes pieds sur la pierre de l’âtre ; me voici près de vous, Madeleine. Je vous ai retrouvée ; rien au monde ne nous séparera plus.

— Robert ! comment êtes-vous là ? Qui donc vous a dit de venir ? Mon oncle ?…

Il secoua la tête tristement.

— Il est arrivé quelque malheur, dis-je en me levant toute pâle. Louise ?…

La voix expira sur mes lèvres.

— Rassurez-vous ; votre oncle, votre cousine ne courent aucun danger… Je suis parti pour vous rejoindre, Madeleine… J’ai quitté, pour n’y revenir jamais, la demeure d’où l’on vous a chassée…

— C’est impossible ; vous me trompez… Il faut retourner, Robert, partir sur le champ. Vous me perdez, mon Dieu ! j’ai juré à mon oncle de ne vous revoir jamais. Qui donc a pu vous dire ?…

— Ah ! que vous aimez faiblement, Madeleine ! Je viens partager votre abandon, et vous me parlez de vous quitter !

— Mais j’ai juré, Robert, j’ai juré d’être morte pour tous… Et plût à Dieu que je le fusse en effet ! Mon oncle va me maudire, s’il sait que vous êtes ici ! Et Louise !…

— Votre oncle a pris soin lui-même de briser les liens qui m’unissaient à sa fille, dit Robert d’une voix dure et brève. Jamais je ne le reverrai.

— Ô mon Dieu ! et Louise ?

— Louise ! reprit-il avec un léger frémissement. Le ciel m’est té-