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LE PÉCHÉ DE MADELEINE.

être inutile et malfaisant. À vous, Robert, de réparer le mal que j’ai causé ; à vous de faire que mon âme, cette âme dont vous avez été la trop chère idole, repose un jour en paix ! »


Bien des larmes coulèrent sur ces lignes, et dans ma hâte d’en finir j’étouffai les choses que j’aurais voulu dire. La supérieure attendait : je lui présentai le papier ; mais elle refusa de le lire. — Vous êtes encore libre, dit-elle. Je mis l’adresse, et la priai de faire remettre cette lettre le même soir à Robert, mais de façon qu’il ne pût voir le messager ; puis je quittai le parloir, et la tourière m’introduisit dans l’intérieur du refuge, où je retrouvai la supérieure. Elle me prit la main et me conduisit à travers d’étroits corridors et de longs escaliers. — La règle de la maison est bien austère, me dit-elle, et les exercices vous sembleront durs. Je voudrais les alléger ; mais ceci dépasse mon pouvoir. Pour vous donner du courage, mon enfant, vous songerez que la vie est courte, et que vous avez beaucoup à expier.

Je ne répondis pas. Que m’importait ? Ma pensée était ailleurs : elle suivait les pas du messager, elle le devançait même. Ah ! comme je tremblais pour Robert ! Je m’aperçus à peine que nous entrions dans un dortoir, et que nous nous arrêtions devant une petite couchette nue et froide ; je ne sais comment il se fit que je me trouvai déshabillée et couchée. La supérieure s’était retirée, une veilleuse seule m’éclairait, et la respiration des femmes endormies dans cette immense salle faisait autour de moi comme un épais murmure. Quelle nuit ! Que de fois je me soulevai, décidée à reprendre mes vêtemens et à courir vers Robert ! Puis, songeant que tout le monde dormait et que je ne pouvais sortir, je retombais découragée.

VII.

J’appris le lendemain que Robert m’avait attendue longtemps la veille sans concevoir d’inquiétude. À mesure pourtant que la soirée avançait, il devint soucieux, et bientôt, persuadé que je m’étais égarée, il était sorti dans l’espoir de me rencontrer. À plusieurs reprises, il était rentré à l’hôtel, et, ne m’y trouvant pas, il sortait chaque fois plus agité ; il avait aussi envoyé au-devant de moi dans différentes directions. Ce fut pendant une de ses absences que ma lettre arriva, et, quand il rentra, on ne put lui donner aucun renseignement sur la personne qui l’avait apportée. À peine l’eut-il lue qu’il s’élança comme un fou hors de l’hôtel, et passa toute la nuit à errer dans les rues de la ville. Dès le matin, il fit commencer les plus actives recherches, et obtint même la permission de faire sonder le canal et la rivière jusqu’à une assez grande distance.