Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 50.djvu/994

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tions. Les danses et les jeux se continuèrent fort avant dans la nuit. Hommes et femmes, frappant dans leurs mains en cadence et s’accompagnant de la voix, formaient une musique d’une tonalité étrange et sauvage qui excitait singulièrement à la danse. La bessabesse, distribuée à la ronde et bue fort élégamment dans des feuilles de ravenal, animait aussi les musiciens tout en abreuvant les danseurs, qui y puisaient de nouvelles forces. Le lendemain, reprenant notre course sur le lac d’Ivondrou, nous la poursuivîmes jusqu’à celui de Nossi-Vé et à l’île de Nossi-Malaze, où nous accostâmes sans encombre. Le chef de l’île nous accueillit avec plus d’empressement encore que son confrère d’Ambavarane ; suivant une habitude assez répandue dans le pays, il nous offrit tout chez lui, sans en excepter ses jeunes filles, fort avenantes et fort jolies. Comme chez les Espagnols, mais avec plus de vérité encore, il semblait nous dire : la maison est toute à votre service, la casa esta â la disposicion de Vd.

Sans vouloir multiplier ces récits d’excursions, je ne puis cependant passer sous silence notre visite à la sainte crache dans l’île à Papaye, non loin du village d’Amboudifine. Cette merveille de l’art céramique est un énorme vase rond en terre rouge, de plus d’un mètre de diamètre. Selon les uns, il a été déposé là par un boutre arabe naufragé qui y conservait l’eau potable, selon les autres, par le géant Zarafife, ancêtre des rois de Madagascar, et qui portait sur ses épaules non-seulement des jarres de cette dimension, mais encore de hautes montagnes, que ce rival d’Atlas, faisant de la géographie à sa guise, déplaçait à volonté. Pendant que les savans du pays, les antiquaires madécasses, discutaient à l’envi les uns sur le boutre arabe, les autres sur le géant Zarafife, et, loin de pouvoir s’entendre, en venaient déjà aux gros mots, la sainte ampoule, vénérée par les Betsimsaraks comme une relique, entourée de gris-gris, remplie de pièces de monnaie qu’y déposaient les fidèles en voyage pour que Zarafife leur fût propice, fut un jour éventrée par un voleur mécréant. Aujourd’hui, déchue de son rôle de tirelire sacrée, elle bâille au soleil vide et informe.

En revenant de l’île à Papaye, on remonte la rivière d’Ivondrou. Nous ne retrouvions plus ici ce terrain sablonneux, à grains de quartz blanc, parmi lesquels on distingue de brillantes paillettes de mica et une poussière noire de minerai de fer magnétique, terrain qui compose tous les environs de Tamatave, ainsi que les dunes du bord de la mer, et qui provient de la désagrégation des roches granitiques de l’intérieur. Nous voyions apparaître, formant des coupes naturelles, des argiles bleues, des grès ferrugineux jaunâtres, des calcaires grenus, dépôts sédimentaires en place, et qui contrastaient