Page:Revue des Deux Mondes - 1865 - tome 57.djvu/524

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à ce que les droits d’exportation fussent sensiblement diminués, au prix même d’une élévation des droits d’importation, les produits qu’elles tirent de la Turquie se composant presque exclusivement de denrées alimentaires et de matières premières mises en œuvre par leur industrie. Ce résultat a été obtenu par les derniers traités : ils ont stipulé que les marchandises n’acquitteraient plus, à l’entrée comme à la sortie, qu’un droit uniforme de 8 pour 100, qui, pour les produits exportés, diminuerait de 1 pour 100 chaque année jusqu’à ce qu’il fût réduit à une taxe fixe et définitive de 1 pour 100. L’expérience prouvera certainement que la réduction des tarifs est le meilleur calcul. L’état retrouverait sans aucun doute par l’essor de la production des avantages pécuniaires bien autrement considérables que ceux que la suppression du droit d’exportation lui ferait perdre. Si la Turquie veut profiter de ses relations avec l’Europe, il faut qu’elle s’habitue aux idées de libre échange. Ce n’est pas seulement sous le rapport politique, c’est au point de vue commercial et industriel qu’elle doit tenir à honneur d’entrer dans le concert européen. La véritable solution de la question d’Orient est dans le progrès économique.

Le sultan Abdul-Azis et les deux principaux hommes d’état qui sont à son service sont convaincus de cette vérité. L’un d’eux, Aali-Pacha, ministre des affaires étrangères, est un diplomate qui a dignement représenté la Porte au congrès de Paris. L’autre, le grand-vizir Fuad-Pacha, par les facultés complexes de son esprit, et surtout par la diversité des fonctions qu’il lui a été donné de remplir, rappelle le rôle des hommes politiques de l’antiquité. Il s’est occupé tour à tour de médecine et de littérature, d’administration et de diplomatie. Il a gouverné des provinces, dirigé des armées, accompli des missions importantes en Europe, en Afrique, en Asie. Il était en 1834 médecin de l’amirauté, en 1843 directeur du bureau de traduction de la Porte, en 1848 commissaire dans les principautés. Il a été grand-référendaire du divan, ministre de l’intérieur, ministre des affaires étrangères, président du conseil du tanzimat. En 1854, il étouffait l’insurrection d’Épire. En 1860, il était chargé de réprimer les troubles de la Syrie. Il a été mêlé à trop de grandes questions pour ne pas être pénétré de la supériorité de la civilisation occidentale et pour ne pas chercher à en répandre les bienfaits dans l’empire ottoman.

L’œuvre de la réforme est moins difficile en ce moment qu’à d’autres époques. Les relations de la Porte avec les puissances comme avec les états tributaires se sont en effet améliorées depuis l’avènement d’Abdul-Azis. Quand ce prince est monté sur le trône, les plus sombres inquiétudes attristaient les esprits. Les sanglantes catastrophes de Djeddab, de Deir-el-Kamar et de Damas semblaient les premières lueurs d’un incendie qui menaçait l’empire d’une vaste conflagration. Les affaires de Syrie présentaient les complications les plus graves. Les raïas de l’Herzégovine avaient pris les armes. Les provinces vassales voyaient l’avenir avec frayeur. Aujourd’hui la situation de la Turquie est moins tendue. La conspiration du fanatisme a été étouffée dans son germe, grâce à notre expédition de Syrie. Il est vrai qu’on a eu encore à déplorer le bombardement de Belgrade et la guerre du Monténégro ; mais la sagesse de la diplomatie a empêché le développement des conséquences funestes que cette double crise eût été de