Page:Revue des Deux Mondes - 1865 - tome 57.djvu/894

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abus de confiance des agens fiscaux vis-à-vis du trésor, abus d’autorité de ces mêmes agens vis-à-vis des contribuables. Une fois que la propriété privée aura pu acquérir en Grèce des proportions plus importantes et plus normales, le prélèvement de l’impôt en nature deviendra tout à fait impraticable, et le gouvernement se verra forcé d’adopter enfin le système en vigueur chez tous les peuples civilisés.

La question des chemins de fer n’intéresse pas la Grèce seulement au point de vue matériel ; ce mode de circulation est appelé à exercer sa bienfaisante influence sur les lois, les finances, l’administration, l’esprit public enfin, qui s’apaisera et s’élèvera sans aucun doute quand l’augmentation du bien-être général aura suivi de près, comme on doit l’espérer, le rapprochement du royaume hellénique de notre continent. En outre, sans souhaiter à la Grèce Une centralisation excessive, contre les dangers de laquelle l’opinion publique commence à s’élever énergiquement aujourd’hui, on doit désirer qu’une union plus étroite s’établisse entre les diverses provinces du royaume, qu’une fusion plus réelle s’opère entre les diverses parties qui le composent. On sait en combien de territoires et de petites républiques hostiles les unes aux autres la Grèce ancienne était divisée ; les traces de cette division, qui fut toujours pour le pays une cause de faiblesse, n’ont pas encore disparu. Athènes et Sparte sont rivales ; le Péloponèse et la Roumélie ont donné plus d’une fois le triste spectacle de leurs dissensions ; l’esprit provincial est partout porté à l’excès. Le chemin de fer, en aplanissant les difficultés naturelles qui isolent les provinces les unes des autres, en excitant entre elles de fréquens échanges et de nombreuses transactions, fera disparaître peu à peu les rivalités traditionnelles, les divergences d’intérêts, les dissemblances de mœurs ; il procurera ainsi à la nation une force de cohésion qui lui manque. Enfin, par sa proximité des frontières, il sera comme un trait d’union entre la Grèce asservie et la Grèce libre, et il favorisera singulièrement le mouvement d’immigration de l’une vers l’autre, mouvement sur lequel il faut compter dans une certaine mesure pour accroître et renouveler la population du royaume.

La Grèce est donc enfin à la veille d’accomplir une grande révolution économique, destinée à réparer les maux du passé et à mettre le sceau à l’œuvre de sa régénération. Les entreprises de toute sorte qui seront les agens décisifs de cette révolution n’attendent plus,