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écrits en langue égyptienne ; mais Philon écrit en grec aussi et n’en est pas moins un vrai Juif. On peut dire de même que les livres hermétiques appartiennent à l’Égypte, mais à l’Égypte fortement hellénisée et à la veille de devenir chrétienne. On ne trouverait pas dans un véritable Grec cette adoration extatique qui remplit les livres d’Hermès ; la piété des Grecs était beaucoup plus calme. Ce qui est encore plus étranger au caractère grec, c’est cette apothéose de la royauté qu’on trouve dans quelques livres hermétiques, et qui rappelle les titres divins décernés aux Pharaons et plus tard aux Ptolémées. Ces ouvrages apocryphes sont toujours écrits sous la forme de dialogues. Tantôt c’est Isis qui transmet à son fils Hòros l’initiation qu’elle a reçue du grand ancêtre Kaméphès et d’Hermès, secrétaire des dieux ; tantôt le bon démon, qui est probablement le dieu Knef, instruit Osiris. Le plus souvent c’est Hermès qui initie son disciple Asclèpios ou son fils Tat. Quelquefois Hermès joue le rôle de disciple, et l’initiateur est l’intelligence (νοϋς) ou Poimandrès. La lettre de Porphyre est adressée au prophète Anébo, et ce nom d’Anébo ou Anubis est celui d’un dieu que les Grecs identifiaient avec Hermès.

Mais quel est cet Hermès Trismégiste sous le nom duquel ces livres nous sont parvenus ? Est-ce un dieu ? est-ce un homme ? Pour les commentateurs, il semble que ce soit l’un et l’autre. Les aspects multiples de l’Hermès grec l’avaient fait confondre avec plusieurs dieux égyptiens qui avaient entre eux et avec lui beaucoup de rapports. On croyait éviter la confusion par des généalogies, et on disait qu’il y avait plusieurs Hermès. Selon Manéthon, Thoth, le premier Hermès, avait écrit sur des stèles ou colonnes les principes des sciences en langue et en caractères hiéroglyphiques. Après le déluge, le second Hermès, fils du bon démon et père de Tat, avait traduit ces inscriptions en grec. Dans ce passage, ces Hermès sont donnés comme des personnages historiques. En Égypte, les prêtres aussi bien que les rois prenaient des noms empruntés aux dieux, et comme dans les livres hermétiques l’initiateur a un caractère plutôt sacerdotal que divin, les premiers éditeurs les ont attribués à cette famille de prophètes. Il leur en eût trop coûté de croire que ces œuvres qu’ils admiraient fort étaient de quelque écrivain obscur et anonyme, mettant ses idées sous le nom d’un dieu. Cependant la fraude était bien innocente ; l’auteur de l’Imitation, qui met des discours dans la bouche du Christ, n’est pas regardé comme un faussaire. Dans les livres hermétiques, la philosophie est censée révélée par l’intelligence ou par le dieu qui en est la personnification.

« Hermès, qui préside à la parole, dit Jamblique, est, selon l’ancienne tradition, commun à tous les prêtres ; c’est lui qui conduit