Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/673

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généraliser l’éducation militaire, afin que la nation se transformât au besoin en armée. Le système opposé, je l’ai déjà dit, est celui des armées à service prolongé, formant dans la nation une catégorie spéciale aussi nombreuse que les ressources d’argent le permettent et tenues au complet par des facilités de recrutement à la discrétion du pouvoir. Le type le plus parfait de ce dernier système est la combinaison émanée de la commission militaire et soumise récemment à l’appréciation du public par la publication du Moniteur. Ce projet paraît être abandonné : aussi n’ai-je pas l’intention de le critiquer dans le détail ; mais tant que la question restera sur le terrain où elle a été introduite, tant qu’on aura pour thème de concilier une grande augmentation de nos forces militaires avec le maintien du principe actuel, c’est-à-dire avec un service prolongé dans une armée à part et une réserve composée de citoyens n’ayant pas fait séjour sous les drapeaux, tant qu’on cherchera dans cette direction, on aura beau corriger les détails et adoucir les froissemens, on retombera toujours dans les inconvéniens qui ont ému l’opinion et fait avorter le système du Moniteur. Des atténuations ont été proposées dans le même ordre d’idées : elles ne changeraient rien au fond des choses. On arriverait toujours à prendre sans exception les jeunes gens valides, à les séparer en deux classes, les uns restant dans l’armée active assez longtemps pour que leur existence entière en soit dérangée, les autres ne pouvant faire, faute d’une trempe militaire suffisante, que des soldats incapables de rendre de bons services, ce qui serait l’exagération du système actuel.

« La France doit pouvoir mettre sur pied une armée de 800,000 hommes, » tel est le point de départ de la commission militaire. Une nécessité non moins évidente, a dit le Moniteur, est d’ajouter à ce premier groupe une force sédentaire chargée de protéger l’ordre à l’intérieur, de défendre les côtes et les places fortes pendant que l’armée active est aux frontières. En retranchant des 800,000 hommes actifs la gendarmerie, les ouvriers militaires et les non-valeurs, il resterait environ 720,000 combattans, c’est-à-dire quatre ou cinq armées très respectables : tel est l’idéal du jour qu’on cherchera, je le répète, à réaliser dans quelque combinaison que ce soit. Pour arriver à ces fins, le Moniteur a proposé de classer les forces militaires de la France en trois catégories : armée active, réserve, garde nationale mobile. Le service serait de six ans dans chacune des deux premières catégories, plus trois ans dans la garde nationale mobile, neuf ans en tout. Un contingent de 80,000 hommes serait attribué à l’armée active ; mais en même temps la réserve serait divisée en deux bans, dont le premier, soit