Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/243

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« Lamennais. — Il n’est pas coupable de chercher la vérité, mais il l’est de l’affirmer avant de l’avoir trouvée. »

« J’ai remarqué souvent que l’on a en soi le caractère de l’un des âges de la vie. On le conserve toujours. Tel homme, comme Voltaire, semble avoir toujours été vieux, tel, comme Alcibiade, toujours enfant. C’est aussi pour cela peut-être que tel écrivain enthousiasme les hommes de ce même âge auquel il semble arrêté. »


Admirablement vrai. C’est pour cela en effet que les Brigands de Schiller, quoiqu’un mauvais ouvrage, trouveront des enthousiastes tant qu’il y aura des jeunes gens de dix-huit ans, et que le Werther de Goethe, quoique reposant sur des principes faux, conservera sa puissance tant qu’il y aura des hommes de vingt-cinq ans.


« Les prêtres ont cela d’excellent, que, quelle que soit la portée, ou médiocre ou élevée, de leur esprit, cet esprit vit au moins dans les plus hautes régions de la pensée et ne s’occupe que des questions supérieures. »

« Il ne suffit pas d’entendre l’anglais pour comprendre Shakspeare, il faut entendre le Shakspeare, qui est une langue aussi. Le cœur de Shakspeare est un langage à part. »


Les sentimens se renouvellent rarement chez les solitaires, parce que les événemens sont rares dans leur vie : aussi leurs affections et leurs rancunes sont-elles plus durables que celles des autres hommes. J’oserais affirmer que pendant ses vingt-cinq dernières années Alfred de Vigny a vécu de deux souvenirs : la représentation de Chatterton et sa réception à l’Académie française. Le premier de ces souvenirs marquait en effet le zénith de sa célébrité, son heure de popularité bruyante ; le second, véritable contre-partie du premier, était devenue pour lui comme la tête de mort du prie-Dieu des ascètes, et était chargé de lui rappeler combien la gloire est vaine et de courte durée. Le lecteur ne sera donc pas étonné d’apprendre que la relation des démarches et des visites d’Alfred de Vigny auprès des membres de l’Académie française constitue une des parties les plus importantes et les plus intéressantes de ce recueil. Il y a là quelques profils d’académiciens vivement enlevés et laissant apercevoir la ressemblance : celui de Baour-Lormian, vieux, aveugle, infirme et pauvre, se consolant de tout avec la poésie, désireux d’être encore compté parmi les vivans et disant à de Vigny : « Je fais des poèmes bibliques dans le genre de votre Fille de Jephté ; » celui de Chateaubriand dans sa pose éternellement lugubre, creusant sa tombe à perpétuité et toujours prêt à répondre à l’appel de la Providence ; celui de M. Pasquier, causeur plein de souvenirs et ne demandant qu’à les répandre ; celui