Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 75.djvu/694

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examen. Ce dernier système d’épreuves a été introduit en 1865. Le candidat doit écrire correctement sous la dictée, posséder les quatre règles de l’arithmétique, et, ce qui est beaucoup plus difficile, rédiger un rapport expliquant les raisons pour lesquelles il retiendrait ou relâcherait un prisonnier dans telle ou telle circonstance donnée. On distingue deux ordres de sergens : les uns reçoivent 32 fr. 50 ; cent, et les autres 35 francs par semaine. L’examen est encore bien plus sévère pour les sergens qui aspirent au traitement d’inspecteur (56 fr. 87 cent, et 65 fr. 62 cent. par semaine). Quant à l’inspecteur qui ambitionne le titre de surintendant, il lui faut résoudre par écrit des questions de droit pratique fort minutieuses, et dont la solution exige des connaissances personnelles assez étendues. Aussi ce poste n’est-il occupé que par des hommes capables, ayant passé une vingtaine d’années dans le service. Leurs appointemens sont de 6,325 francs par an, auxquels s’ajoute dans certains cas une gratification de 500 francs. C’est le but, le terme de la carrière, ce qu’on appellerait dans les courses de chevaux le ''wiming post ; mais bien restreint est le nombre de ceux qui s’en approchent. Beaucoup de jeunes gens assez instruits s’enrôlent dans la police anglaise afin de trouver une ressource contre le besoin : après quelques années de service, découragés par la lenteur de l’avancement, ils se retirent dès que s’ouvre devant eux une meilleure perspective. Pour peu qu’on mette en effet dans un des plateaux de la balance la maigre rétribution offerte au policemam et dans l’autre les sacrifices qu’on exige de son état, les dangers qu’il court et les qualités qu’on attend de lui, on ne s’étonnera plus qu’il se plaigne du défaut d’équilibre. Dans certaines carrières, cette insuffisance de traitement se trouve quelquefois compensée par d’autres avantages, tels que la gloire ou la réputation ; il n’en est point de même en ce qui regarde le constable. Quoique les fonctions de police n’aient rien d’odieux dans un pays où elles s’exercent avec convenance et dignité, elles ne sont point de celles qui conduisent aux honneurs.

Ce que j’admire et ce que j’envie à nos voisins est la manière de régler leurs comptes avec la force publique. L’Anglais paie pour la police de même qu’il paie pour l’eau ou pour de gaz, et chaque contribuable, en jetant tous les six mois un coup d’œil sur sa quittance d’impositions, sait au juste ce qu’il lui en coûte pour être gardé. Le contingent fourni par chaque localité au budget de Scotland-Yard se mesure à l’importance relative de la paroisse, de la ville ou du hameau situés dans le rayon de la métropole. Celui qui a le plus à perdre et à défendre supporte naturellement la plus lourde taxe, et participe aux frais de la sûreté générale dans la proportion ou il a besoin d’un tel service. L’état se trouve placé