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l’administration diocésaine. Il ne s’était élevé aucun doute sur la canonicité d’une pareille mesure. Le concours du cardinal dans notre administration ne présentait qu’un accroissement de lumières et un appui tout-puissant auprès du ministre[1]. » L’empereur s’était jusqu’alors arrangé de cette espèce de compromis qui pourvoyait aux nécessités du diocèse de Paris sans trancher positivement aucune question ; mais maintenant qu’il avait résolu de braver le saint-père et de lui montrer qu’il était maître de se passer de son concours et de gouverner à son gré les églises de France, il somma tout à coup le cardinal Fesch de prendre ostensiblement possession de son nouveau siège. A son grand étonnement, il rencontra de la part de son oncle la plus énergique résistance. Le cardinal Fesch avait trouvé tout simple, malgré les objections à lui présentées par le scrupuleux abbé Émery, d’être à la fois primat des Gaules, archevêque en titre de Lyon, archevêque nommé de Paris, et d’administrer simultanément les deux diocèses. Avec cette confiance imperturbable en soi-même qui était propre à tous les membres de la famille Bonaparte, il ne jugeait pas que ces doubles fonctions, réunies entre ses mains, fussent au-dessus de ses forces, ni surtout de son mérite. Il était même persuadé qu’il rendait par ce cumul un grand service à son neveu. Il fit au début semblant de ne pas comprendre ce que l’empereur exigeait de lui. « Si sa majesté ne veut point encore nommer à l’archevêché de Paris, mandait-il le 30 août 1810 à M. Bigot, et si dans sa sagesse elle croit conve-nable.que je prenne l’administration de cette église jusqu’à ce qu’il lui plaise de nommer un archevêque, je me croirai très heureux non-seulement de continuer à m’occuper des affaires du diocèse, comme j’ai fait depuis ma nomination à ce siège, mais encore de me charger de son administration[2]. » Le 4 septembre, le cardinal Fesch. malgré les avis de plus en plus pressans de l’abbé Émery, n’avait pas encore renoncé à sa chimère. « Lorsque je me suis décidé à prendre l’administration de Paris, écrit-il derechef au ministre des cultes, jusqu’à ce que l’empereur ait nommé un archevêque, voulant toujours conserver mon archevêché de Lyon, j’ai désiré faire quelque chose qui fût agréable à sa majesté, et en même temps au diocèse de Paris, ce qui ne peut s’effectuer qu’en ne faisant pas connaître au public mon option pour Lyon. Il n’est donc pas nécessaire que l’empereur confirme par un décret la nomination du chapitre. Il serait possible que sa majesté jugeât par la suite utile de conserver les deux titres sur une même tête. Ce ne fut qu’à cette

  1. Mémoire manuscrit de l’abbé d’Astros, plus tard cardinal et archevêque de Toulouse, cité dans sa biographie par le R. P. Caussette, p. 170.
  2. Lettre du cardinal Fesch à M. le comte Bigot de Préameneu, 30 août 1810.