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du parlement de Paris ; mais tel était Maury. Doué d’un éminent esprit, il s’était, au temps même de ses plus grands succès, montré complètement dépourvu de goût, de mesure et de tact. Sa rentrée inattendue eh scène dans une position qui attirait forcément tous les regards allait faire voir une fois de plus que le talent de la parole ne suffit pas à tout, et combien l’esprit de conduite et le sentiment des convenances deviennent absolument indispensables à ceux qui parviennent à de hautes dignités, surtout à celles de l’église.

Le décret de nomination du cardinal Maury était du 14 octobre 1810. Peu de jours après, le 22 du même mois, l’empereur nomma M. d’Osmond, évêque de Nancy, à l’archevêché vacant de Florence. L’intention qui avait inspiré ces deux actes était manifeste. Aux yeux de Napoléon, le temps des transactions était passé. Il voulait obliger les titulaires des deux sièges de Florence et de Paris à se mettre d’une façon flagrante en collision spirituelle avec le chef de la catholicité. La lettre suivante ne laisse aucun doute à cet égard. « Monsieur le comte, écrivait-il à son ministre des cultes, mon intention est que les archevêques et évêques que j’ai nommés aux différens sièges de mon empire prennent le titre de leur siège dans tous leurs actes, titre pour lequel ils m’ont prêté serment. Je n’entends point qu’ils y mettent aucune modification. Je ne m’oppose point à ce qu’ils se pourvoient auprès de qui de droit, mais j’entends qu’ils n’aient point la faiblesse d’adhérer aux prétentions des chapitres, ni qu’ils prennent d’autres titres, comme je l’ai dit ci-dessus[1]. »

Il était impossible de jeter un plus clair défi au pape. L’empereur avait raison de se tenir pour assuré du cardinal Maury. En effet, le nouvel archevêque de Paris s’était fait installer le 1er novembre à Notre-Dame ; il avait même eu hâte de prendre en main l’administration du diocèse avant d’avoir été affranchi des liens qui l’attachaient à l’église de Montefiascone. Il s’était borné à donner connaissance au saint-père, par une lettre en date du 16 octobre, de sa nomination au siège de Paris et de son élection par le chapitre comme administrateur. Les choses ne se passèrent pas aussi aisément en ce qui regardait M. d’Osmond. L’ancien évêque de Nancy n’avait abandonné son siège qu’avec une extrême répugnance. Quand il reçut à Fontainebleau de la bouche de Napoléon l’ordre de se mettre en route pour Florence, il représenta qu’il ne pouvait aller prendre possession de son nouvel évêché sans avoir reçu l’institution canonique. Pour lever les difficultés que lui suscitaient les scrupules inattendus du prélat, qui n’avait pas encore pris, comme

  1. Lettre de l’empereur au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, 16 novembre 1810. — Correspondance de Napoléon Ier, t. XXI, p. 277.