Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 78.djvu/802

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excessive, car, si un établissement public a le droit de posséder un musée monétaire complet, c’est incontestablement l’hôtel du quai Conti. Quoi qu’il en soit, les vitrines sont curieuses à étudier, car, malgré ces lacunes trop apparentes, elles renferment des échantillons d’une valeur exceptionnelle. En dehors des monnaies étrangères, nos seules espèces françaises offrent un intérêt réel. Parmi elles, on trouve le spécimen de la pièce d’argent frappée en 1595 à l’effigie de cet éphémère Charles X, qui n’était autre que le cardinal de Bourbon, — des pieds-forts très remarquables portant tous des légendes différentes, — des pièces de plaisir, large monnaie arbitraire faite exprès pour les rois, qui s’en servaient en guise de cadeaux, — le magnifique écu de 6 livres frappé en 1786 par Pierre Droz, qui réinventait la virole brisée. Cet écu, qu’on appelait l’écu de Calonne, est un essai qui, s’il avait été poursuivi, aurait mis dans la circulation la plus belle monnaie d’argent que la France eût jamais possédée : l’effigie, dont les longs cheveux sont surtout traités avec un art infini, est d’une délicatesse remarquable, et le revers, offrant l’image de trois L fleuries et réunies, est un chef-d’œuvre de goût et d’arrangement. Ce même Pierre Droz avait été chargé plus tard de fabriquer la monnaie de Berthier, et il existe au musée des pièces de 5 et de 2 francs qui, autour d’une tête assez médiocre, portent pour légende : Alexandre, prince de Neufchâtel. Il est à regretter que la nécessité de classer les monnaies selon un ordre chronologique empêche de mettre cette dernière à côté du Charles X de 1595. Parmi les pièces de cuivre, on remarque quelques exemplaires bien conservés des monnaies obsidionales, ou monnaies fictives représentant une valeur de convention et ayant cours légal dans une ville investie, monnaies d’apparence triste et presque lugubre, frappées à Mayence en 1793, à Anvers en 1814, à Strasbourg en 1814 et en 1815. En regardant la collection des médailles avec soin, on pourra reconnaître combien le temps marche vite, combien la célébrité est transitoire. Il y a là des quantités de médailles frappées à grands frais pour perpétuer le souvenir d’un événement ou d’un homme dont la date et le nom ne sont déjà plus dans aucune mémoire. Sous ce rapport, les vitrines contiennent plus d’une leçon amère, et plus d’un politique vaniteux ferait bien d’aller y apprendre la modestie.

La partie la plus importante du musée est celle qui renferme les poinçons et les coins de toutes les monnaies, de toutes les médailles qui ont été frappées à l’hôtel. Ils sont encore aujourd’hui, depuis le plus ancien jusqu’au plus récent, à la disposition du public, qui peut toujours demander à la commission impériale l’autorisation de faire exécuter n’importe quel spécimen. C’est un grand avantage offert aux amateurs de la numismatique, mais ils