Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/173

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sur les plus éclairés, il faut voir les efforts d’analyse et d’argumentation que fait M. l’évêque de Grenoble pour prouver, à l’exemple de ses maîtres alexandrins, que le dogme de la Trinité avec des personnes égales et consubstantielles est contenu tout entier dans les textes évangéliques. C’est à cela en effet que tend toute la théologie catholique : comme le dogme en question n’est pas visiblement et formellement contenu dans les Évangiles, il faut, tantôt par une induction subtile, tantôt par une déduction plus ou moins logique, élargir le sens des textes, en augmenter la portée, afin d’en faire sortir le dogme convenu. C’est ce qui s’appelle accoucher les textes, comme Socrate accouchait les esprits.

Cette méthode n’est pas même propre à la théologie catholique, pour laquelle elle est une nécessité ; on la retrouve chez beaucoup de philosophes anciens, modernes et même contemporains. C’est la méthode traditionnelle proprement dite, dont les philosophes alexandrins faisaient tant abus. Lorsqu’ils posaient en principe que la vérité était antique, et qu’il ne s’agissait que de la chercher dans les vieux livres, ils ne procédaient pas autrement que nos théologiens catholiques, retrouvant à force d’ingénieux et savans commentaires leur propre philosophie dans les obscures mythologies de l’Orient et de la Grèce, et particulièrement leur doctrine fondamentale de la trinité dans les dialogues de Platon. Toute la différence entre l’exégèse alexandrine et l’exégèse théologique consiste en ce que la première n’a pour se guider et se fixer que la foi aux maîtres de la doctrine, Platon, Porphyre et Jamblique, tandis que la seconde a pour guide l’Esprit-Saint, qui en inspire les commentaires, et pour règle l’autorité de l’église, qui en formule les conclusions dans les conciles.


III.

Tout autre est l’esprit et la méthode de cette exégèse contemporaine pour laquelle M. Gratry professe tant de dédain; celle-ci n’a ni autorité qui la gouverne, ni traditions qui l’enchaînent, ni idées préconçues qui puissent offusquer son regard pénétrant. Elle est libre de toute foi comme de toute passion, comme de tout préjugé. Elle aborde les Écritures avec respect, parce que c’est Là le sentiment du siècle lui-même sur les choses religieuses; mais elle les étudie, les discute, les interprète exactement comme les autres livre d’histoire, de poésie ou de philosophie, et surtout comme les monumens religieux des Grecs, des Égyptiens, des Perses, des Indiens, leur appliquant à tous les mêmes procédés d’investigation, les