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canadienne. Les terres que baigne le lac Érié vers le sud sont des rivages récens : les anciens rivages se voient un peu plus loin dans la même direction, et présentent l’aspect d’une ligne de falaises orientées du nord-est au sud-ouest. C’est cette ligne qui forme l’arête de partage des eaux. Au nord, les rivières se rendent dans l’Océan-Atlantique par la grande tranchée du Saint-Laurent ; au sud, elles gagnent le golfe du Mexique par les vallées de l’Alleghany, de l’Ohio et du Bas-Mississipi. La petite rivière qui est devenue célèbre sous le nom d’Oil-Creek appartient à ce dernier système hydrographique ; elle prend sa source non loin de l’une des anciennes terrasses du lac, pénètre par Titusville dans le comté de Venango, court à peu près en droite ligne du nord au sud, et vient se jeter dans la rivière Alleghany en un point situé presque au centre du comté. Sur ce point, les hommes d’huile ont bâti Oil-City, la ville de l’huile. Entre Oil-City et Tiiusville sont ramassées toutes les exploitations qui fournissent depuis bientôt dix années aux besoins des consommateurs ; à vol d’oiseau, les deux localités ne sont pas éloignées l’une de l’autre de 22 kilomètres. Cependant il y a du pétrole sur un grand nombre d’autres points de la même région. Il y en a dans les comtés voisins de Forest et Warren, ainsi que sur une vaste portion du comté de Mercer, limitrophe de l’état d’Ohio, enfin à la réunion des deux comtés de Green et de Fayette, d’où le gisement passe dans la Virginie occidentale. Ces territoires, bien que desservis par de nombreuses lignes de chemins de fer et des voies navigables, ne se sont point encore développés ; mais ils ne peuvent manquer d’acquérir bientôt une grande importance [1].

Les soubresauts de la production pendant les premières années eurent une violence inouïe, parce que l’on était aux prises avec l’imprévu. Ce n’était pas la demande qui réglait les conditions du travail, c’était le hasard. En 1861, le nombre de barils d’huile extraits du comté de Venango s’était élevé à 1,300 par jour en moyenne ; l’année suivante, ce chiffre montait en certains jours à 20,000 par suite des grosses veines rencontrées par la sonde ; en 1863, il était de 10,000, en 1864 de 7,000, et en 1865 de 4,000 seulement. Il semblait que la décroissance ne devait plus s’arrêter,

  1. Les dernières nouvelles arrivées des régions de l’huile montrent que pendant les mois de janvier et de février la production dans Oil-Creek est au-dessous de ce qu’exigent les besoins de consommation, elle n’a pas atteint 11,000 barils par jour, tandis que la demande est de 13,000. En même temps l’exportation continue d’augmenter rapidement : du 1er janvier au 9 mars 1869, elle s’est élevée à 12,115,233 gallons, alors que la période correspondante de l’année dernière n’a fourni que 11,835,963. Aussi voit-on les opérateurs de la vallée reprendre les anciens territoires délaissés et s’étendre dans des directions nouvelles. Malgré ces efforts, le monopole parait devoir bientôt échapper à Venango au profit des régions voisines.