Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/926

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d’un revenu et à accroître une dépense. Il faut bien dire de plus que les familles l’encouragent dans ses hésitations. Beaucoup de personnes habitent loin des villes; dans les villes même, beaucoup sont occupées tout le jour hors de leur maison; il leur est donc nécessaire de se séparer de leurs enfans pour les élever. Ne pouvant les garder chez eux, ils sont aises de les confier à un collège universitaire : ils se méfient des spéculations privées; leur inexpérience les embarrasserait, s’il leur fallait choisir entre des établissemens libres qu’ils ne connaissent pas, et ils sont satisfaits d’avoir la garantie de l’état, qui les rassure.

L’Angleterre sur ce point est plus heureuse que nous, elle est parvenue à installer la vie de famille jusque dans ces grands internats qui lui semblent si contraires. Ce que les Anglais appellent un collège est plutôt, suivant l’expression de M. Demogeot, un hameau véritable, dont les divers bâtimens se groupent autour de l’édifice qui contient les salles de classes. On y trouve dispersés çà et là dans les positions les plus riantes de jolis cottages de briques encadrées de pierres avec des balcons vitrés. Ce sont les maisons des professeurs, et chacun d’eux y reçoit un certain nombre d’élèves qui vivent à son foyer et mangent à sa table, à côté de sa femme et de ses filles, dans une intimité que le respect tempère. C’est la famille encore, une famille honnête et affectueuse, où le jeune homme se sent aimé et se trouve heureux; mais cette éducation n’est pas possible partout. Elle a l’inconvénient de coûter très cher, et il n’y a guère que l’aristocratique Angleterre qui puisse s’en accommoder. Chaque élève dépense de 5,000 à 6,000 francs par an. En France, nous ne voulons pas ou plutôt nous ne pouvons pas payer autant. Il nous faut l’éducation à bon marché, et ces grandes réunions d’élèves dans les mêmes salles et sous les mêmes maîtres, qui ménagent l’espace et économisent les hommes, sont encore le meilleur moyen de l’obtenir. Il est donc impossible de songer à les détruire brusquement; on doit du moins chercher à les diminuer. Les moyens pratiques d’y parvenir sont d’abord la multiplication des lycées; n’écoutons pas ceux qui se plaignent qu’ils sont trop nombreux et qu’ils se font tort les uns aux autres : l’état ne peut pas permettre que les élèves soient forcés d’aller chercher l’éducation trop loin; il est bon de la placer près des familles et sous leur influence. Il faut ensuite qu’à côté des lycées l’Université favorise ces institutions qui conduisent leurs élèves à ses cours. Elle les a quelquefois traitées en ennemies; c’est un grand tort : ce sont des alliées qui la déchargent de la partie la plus lourde et la plus ingrate de sa tâche. Il faut enfin abolir tous les restes de ces règlemens déraisonnables qui gênent le professeur désirant avoir des élèves chez lui. Cet usage fleurit en Angleterre et y produit de bons résultats; pour-