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de mélodrame fort imparfaits, que le talent d’une actrice destinée, si je ne me trompe, à prendre rang parmi les meilleures parvient seul à rendre supportables. Les deux auteurs sont gens de beaucoup de ressources, de facilité et d’esprit. Je crois volontiers qu’ils ont assez de goût pour juger leur passé littéraire avec la sévérité qu’il mérite; mais je doute qu’ils poussent la contrition au point d’en faire pénitence et de travailler à le racheter en prenant désormais et exclusivement pour modèle les trois premiers actes de Froufrou.


G. DE SAFFRES.


ESSAIS ET NOTICES.

Gérard Mercator, sa Vie et ses Œuvres, par le Dr J. van Raemdonck, Saint-Nicolas 1869.


Le nom de Gérard Mercator rappelle une vérité qui est un encouragement et une consolation pour les hommes d’étude. Quand l’esprit a été mûri par de longues années d’efforts et d’une ardente curiosité appliquée sans cesse à creuser un sujet aride, une remarque en apparence fort simple, un trait de plume, une modeste formule, peuvent résoudre des problèmes d’une importance capitale et devenir la source des plus fécondes innovations. C’est ainsi que la projection des cartes marines, inventée par Mercator en 1569, a produit dans l’art de la navigation une réforme des plus heureuses. Les planisphères publiés par les géographes de ce temps ne pouvaient convenir aux usages des marins, parce que les méridiens et les parallèles de latitude y étaient représentés par des lignes courbes. Les cartes plates des pilotes, où les méridiens étaient figurés par des droites verticales et les parallèles par des droites horizontales, ne valaient guère mieux, car elles ne tenaient pas compte du rapprochement progressif des méridiens que l’on constate à mesure qu’on s’avance vers les pôles. Les degrés de longitude, que l’on inscrit sur les parallèles, y restaient égaux en étendue aux degrés de latitude, marqués sur les méridiens, tandis qu’en réalité les degrés de longitude décroissent de l’équateur aux pôles, les degrés de latitude étant seuls sensiblement constans. Les rapports de situation des différens points du globe étaient donc altérés d’une manière fâcheuse par les cartes qui se trouvaient entre les mains des navigateurs, et l’imperfection de leurs guides indispensables se faisait cruellement sentir dans cette ère des grandes expéditions; elle n’avait pu échapper à l’esprit sagace du grand géographe flamand. Il imagina une modification, si simple qu’elle n’a l’air de rien, et qui cependant faisait disparaître comme par enchantement toutes les difficultés : elle consiste à faire croître sur les méridiens les degrés de latitude de l’équateur vers les pôles, afin de compenser l’exagération inévitable des degrés de longitude qui séparent