Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/331

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justifier à ce sujet, Robert Peel s’était borné à dire que, quels que fussent les inconvéniens de cet impôt, le pays en éprouvait moins de préjudice que de la conservation de taxes onéreuses, qu’il n’était d’ailleurs qu’un instrument passager pour mener à bonne fin une grande entreprise et donner au revenu ordinaire le temps de se réformer. Lord John Russell, qui en 1842 avait combattu l’income-tax comme moyen de restaurer les finances et l’approuvait maintenant comme moyen d’aider à la réforme commerciale, contesta que l’emploi n’en dût être que momentané. Il attaqua les propositions de sir Robert Peel comme insuffisantes, et soutint que le seul parti à prendre pour fonder la prospérité financière du pays était de favoriser l’accroissement des échanges avec l’étranger et le développement de la consommation intérieure par l’abandon de tous les droits protecteurs ou restrictifs, par une large liberté donnée au commerce. Il ajoutait qu’un temps plus long que ne le pensait le ministre serait nécessaire pour l’accomplissement de cette œuvre, que, jusqu’à ce qu’elle eût produit tous ses bons effets, l’income-tax, malgré de graves défauts, devait être conservé, et que, pour rendre le maintien de cet impôt plus acceptable pour le pays, il conviendrait de le modifier dans les parties les plus défectueuses en cessant d’assimiler par exemple les revenus permanens aux revenus temporaires et les revenus fixes aux revenus aléatoires. Robert Peel et M. Goulburu, chancelier de l’échiquier, répondirent qu’à chaque. jour suffisait sa peine, et que la situation financière ne permettait pas pour le moment de faire plus qu’ils ne proposaient. Ils ne voulurent prendre aucun engagement pour l’avenir, s’opposèrent à toute modification de l’income-tax comme ne pouvant produire qu’une confusion inextricable, et le projet ministériel fut adopté à une grande majorité.

Malgré une mauvaise récolte et une disette de pommes de terre qui affama l’Irlande, les résultats de 1845 dépassèrent toutes les espérances : 900,000 liv. sterl. furent regagnées sur l’excise et les douanes, les droits de timbre et de poste donnèrent une augmentation de 650,000 liv. sterl., et l’excédant disponible en fin d’exercice fut de 2,380,000 livres sterling. Aussi Robert Peel crut-il pouvoir en 1846 aller plus loin qu’il n’avait fait l’année précédente, et, en soumettant au parlement la loi des grains, mesure plutôt politique qu’économique, il lui proposa sur les bois, les suifs, les soies grèges, les cotons, laines et autres matières brutes propres à l’industrie, des réductions de droits qui portaient l’ensemble des nouvelles diminutions fiscales à 1,050,000 livres sterling. Ces réductions furent toutes adoptées. Il n’entre pas dans notre sujet de raconter ici la discussion à laquelle donna lieu le célèbre bill dont l’objet était de supprimer graduellement la taxe sur l’importation des céréales