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au-delà de ce fleuve de fortes positions. Ils avaient imposé leur suzeraineté aux chefs de populations barbares voisines. Vers la mer, ils possédaient la côte de Pierie jusqu’aux bouches de l’Haliacmon ; mais plus loin, les établissemens helléniques leur fermaient le passage. A moitié grecque et à moitié barbare, la Macédoine mit à profit cette situation ambiguë pour son propre accroissement, et, comme l’observe judicieusement un des meilleurs historiens de la Grèce, M. V. Duruy, elle grandit par l’amitié des Perses et grandit par leur défaite. On en peut dire autant de la Prusse à l’égard de diverses puissances.

A la faveur des victoires d’Athènes, Alexandre Ier et Perdiccas II accrurent leurs domaines. Tout le pays entre l’Axius et le Strymon était devenu macédonien. Jusqu’alors aucun antagonisme bien prononcé ne s’était produit entre Athènes et la Macédoine ; mais à partir du second Perdiccas, l’opposition de vues et d’intérêts s’accusa de plus en plus. Une haine réciproque couva au fond des cœurs de l’un et de l’autre pays, et si un rapprochement momentané en dissimulait l’existence, elle n’en demeurait pas moins persistante et vivace. Perdiccas II avait un frère, nommé Philippe, qui possédait quelques cantons dans l’intérieur du royaume. Les deux frères étaient ennemis. Athènes se mit du côté du plus faible. De ce jour, Perdiccas devint un des adversaires les plus actifs de la république athénienne. Il ourdit contre elle mille trames, s’unit à Corinthe, soutint la rébellion de Potidée ; il poussa les Lacédémoniens à envahir l’Attique, et fomenta une révolte dans la Chalcidice. Athènes se défendit par une politique non moins déloyale. Elle favorisa l’invasion du roi des Odryses, Sitalcès, qui mit le roi macédonien à deux doigts de sa perte. Malgré leur bravoure, les Macédoniens n’étaient pas alors en état de tenir contre une attaque impétueuse bien dirigée. Ils cédèrent devant les irruptions furieuses de la cavalerie thrace, qui protégée par de puissantes cuirasses, enveloppait de ses escadrons la pesante infanterie macédonienne et la contraignait à mettre bas les armes. Dès cette époque, la cour de Pella laissait percer sous les dehors d’une rudesse presque barbare un esprit d’ambition et d’artifice, une persévérance opiniâtre et une habileté dont la frivole Athènes ne calculait pas les effets ; c’était, vingt siècles à l’avance, la politique de la maison de Hohenzollern. Perdiccas II ne fut pas plus que le grand Frédéric un allié constant et sûr. Sa règle de conduite était de ne pas se lier par des amitiés durables. Il fit servir tour à tour Athènes et Sparte à l’agrandissement de sa puissance, comme le monarque prussien en agit à l’égard de la France et de l’Angleterre dans la guerre de la succession d’Autriche et dans celle de sept ans. Adroit et hardi, mais astucieux et sans foi, Perdiccas continuait les erremens d’Alexandre Ier, son