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père, qui trahissait les Perses au profit des Athéniens, et trouvait cependant moyen après sa trahison de se faire donner par Mardonius une partie de la Thrace, que du reste il ne sut pas garder.

Si Perdiccas II peut être comparé au grand Frédéric sous le rapport de la politique, il est loin d’avoir eu son génie et ses brillans succès militaires. Il ne dut qu’à ses alliés le peu d’avantages qu’il obtint dans la guerre. Quand il mourut, Athènes, qui avait perdu depuis quinze ans Périclès, et à laquelle la paix de Nicias avait un moment promis le retour d’une tranquillité nécessaire à sa prospérité, se lançait, poussée par un ambitieux brouillon, Alcibiade, dans de nouvelles luttes dont elle ne savait ni voir les dangers, ni mesurer la portée. Dans une démocratie turbulente comme celle d’Athènes, chez une population mobile et impressionnable comme celle de l’Attique, les résolutions extrêmes trouvaient plus faveur que les conseils de la modération et de la prudence : c’est Démosthène qui le remarque. Aussi les hommes sages, désireux qu’on observât la paix de Nicias, sorte de traité d’Aix-la-Chapelle de ces temps qui, comme celui-ci, avait remis les choses à peu près en l’état où elles étaient avant la guerre, furent-ils froidement accueillis. Alcibiade ne laissa pas d’ailleurs à ses concitoyens le temps de la réflexion, il les pressa d’envoyer du secours aux ennemis de Sparte, dont il faisait chasser les ambassadeurs. Les Athéniens payèrent chèrement l’étourderie du fils de Clinias, qui avait cherché dans cette guerre mal préparée un lustre et un crédit dont il comptait profiter pour prendre la place laissée vacante par la mort de Périclès. Ils partagèrent à Mantinée la défaite de leurs alliés les Argiens.

Le peuple d’Athènes était de tous ceux de la Grèce le moins fait pour se résigner aux conséquences d’une grande bataille perdue. Attribuant à l’impéritie ou à la trahison de leurs chefs des désastres qui étaient le résultat de leur commune imprévoyance et de leur indiscipline, les Athéniens n’avaient pas été plus tôt contraints par un traité à céder de leurs conquêtes qu’ils méditaient déjà une revanche. Au lieu de revenir au traité de Nicias après la bataille de Mantinée, ils s’engagèrent dans de nouvelles luttes. Parmi les états qu’ils eurent à combattre, ils rencontrèrent de nouveau la Macédoine, sans que rien leur annonçât cependant encore qu’elle leur deviendrait une rivale plus redoutable que Sparte même.

Ce pays allait pourtant bientôt apparaître aux Grecs tout autre qu’ils l’avaient connu au temps de Perdiccas II. Le nouveau roi, Archélaüs Ier, avait profité du repos que lui laissèrent les républiques helléniques, occupées à la guerre du Péloponèse, pour donner à ses états une organisation et une assiette qui leur permissent de résister aux plus puissans ennemis. Il avait complètement réformé le système de ses armées. Au lieu de n’entretenir à sa solde, comme son