Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/540

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uniformes variés des gardes nationaux, des gardes mobiles, des francs-tireurs, etc., présentent un aspect des plus pittoresques. Selon que les nouvelles de la journée ont été bonnes ou mauvaises, les physionomies sont rassurées ou inquiètes. On se case où l’on peut, car il n’y a point de places réservées, et on fume beaucoup ; dans certains clubs, on avait d’abord défendu de fumer, mais cette défense n’a pas tardé à être enfreinte comme bien d’autres ; toutefois la tenue du public est généralement convenable, et pourvu qu’on ne lui dise que des choses qui lui plaisent, il se tient volontiers tranquille. Il faut noter que les clubs populaires ne sont pas ceux où il y a le moins d’ordre, tandis que la tenue du public de la salle des Folies-Bergère, un peu trop voisine du boulevard Montmartre, laisse beaucoup à désirer. L’état-major des organisateurs et des orateurs du club se groupe sur la plate-forme, comme disent les Anglais, quand il y a une plate-forme, ou simplement autour de la table du bureau. Aussitôt que le président et les deux assesseurs qui constituent le bureau sont élus, on fixe l’ordre du jour. C’est presque invariablement la défense nationale, mais est-il nécessaire de dire que ce thème invariable comporte de nombreuses variantes ? Il comprend, outre la question de l’armement et celle des subsistances, la question de la « commune » et même la question sociale. Il est rare toutefois que la discussion s’engage d’emblée ; il y a ordinairement un stock préalable de communications à écouler et de rapports à faire. Dans les commencemens, les clubs envoyaient volontiers des délégués au gouvernement de la défense nationale, soit pour lui donner communication des résolutions votées par le club, soit pour lui demander des éclaircissemens sur les siennes. Le gouvernement recevait ces délégués avec beaucoup de politesse, et parfois même ils avaient la bonne fortune de rapporter au club des conversations du plus haut intérêt, qu’ils avaient eues avec des membres importans du gouvernement. Hélas ! on se fatigue de tout, même de recevoir chaque soir les délégués des clubs. Les membres du gouvernement ont fini par nommer à leur tour des délégués pour recevoir les délégués, et à dater de ce moment les communications entre les clubs et l’Hôtel de Ville sont devenues beaucoup plus rares. On se contente de signaler au gouvernement par la voie des journaux les résolutions ou les réclamations qu’on lui adresse. Viennent ensuite les communications ou les dénonciations particulières. On dénonce beaucoup dans certains clubs, on dénonce les « accapareurs, » les « absens, » les « mauvais citoyens » qui se dérobent au service de la garde nationale. Dans les premiers temps du siège, des francs-tireurs et même des gardes mobiles venaient dénoncer leurs chefs ; mais cela n’a point duré, et la discipline a