Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/541

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fini heureusement par reprendre le dessus. Des dénonciations ans mises en accusation, il n’y a qu’un pas ; plus d’une fois le club de la Cour des miracles, le club de Belleville et le club de la rue d’Arras (club Blanqui) ont été invités à se transformer en tribunaux pour prononcer un jugement, ou en cours de cassation pour ratifier ou casser un arrêt rendu ailleurs. Au club de Belleville par exemple, une condamnation à mort par contumace prononcée dans plusieurs clubs du IVe arrondissement contre le « traître Bazaine » et ses complices, Canrobert, Leboeuf et Coffinières, a été confirmée à l’unanimité, et tous les citoyens présens ont été invités à exécuter eux-mêmes la sentence (séance du 19 novembre). Souvent aussi le club se constitue en tribunal d’honneur pour prononcer entre deux citoyens qui se renvoient une accusation, ordinairement celle d’avoir été trop bien avec la police. Ainsi au club de la Cour des miracles le citoyen S., délégué de l’Association internationale des travailleurs, est accusé par le citoyen V. d’avoir subi à Londres une condamnation pour vol et de s’être faussement attribué la qualité de délégué de l’Internationale. Le citoyen S. se défend vigoureusement, et il prétende, son tour que le citoyen V., qui se donne pour un condamné politique, a tout simplement subi en Belgique une condamnation à trois mois de prison pour publication de livres obscènes. On nomme séance tenante une commission d’enquête chargée de vérifier ces accusations réciproques, qui rappellent celles du loup et du renard de la fable. La commission est autorisée à faire comparaître les témoins cités à la requête des citoyens S. et V., et elle est invitée à rédiger à bref délai son rapport et ses conclusions (séance du 8 octobre). L’affaire à été conciliée toutefois par une intervention officieuse, et le tribunal a fini par décider que les deux citoyens en cause lui paraissaient également purs. L’incident le plus curieux auquel ait donné lieu cette invasion des clubs dans le domaine de la justice, incident qui a provoqué une révélation plus curieuse encore sur le fameux complot des bombes, a eu pour théâtre le club de Belleville. — Le citoyen A. accuse le citoyen R., compromis dans ce complot, d’avoir joué le rôle d’un agent provocateur, en tout cas de s’être abandonné à la plus honteuse ivrognerie. Le bureau, composé des amis de l’accusé, proteste vivement, et un jeune assesseur se porte caution de sa pureté ; mais dans la chaleur du débat il laisse échapper une confidence au moins imprudente. — Il n’est pas vrai, dit-il, que le citoyen R. soit un « mouchard, » je répondrais de lui comme de moi-même. Il n’est pas vrai non plus, comme on l’a affirmé, que le complot des bombes, dans lequel on accuse le citoyen R. d’avoir joué le rôle d’un agent provocateur, ait été organisé par la police, Le complot des bombes a