Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/727

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triompha complètement encore de l’insurrection allemande, ne mit plus de bornes à ses actes despotiques, et le Danemark, vaincu, terrifié, se retira de la lutte.

Alors s’ouvre un nouvel ordre de choses (1630) : Ferdinand avait appelé l’étranger sur le sol germanique pour y combattre les princes de l’union évangélique ; il avait des troupes espagnoles à sa solde, et ce n’étaient pas les moins acharnées contre les protestans. Les évangéliques, écrasés, exaspérés, n’eurent aucun scrupule à demander aussi des secours à l’étranger ; ils s’adressèrent à la France et à la Suède, — à la France, qui avait été déjà leur providence dans la lutte de leurs pères contre Charles-Quint, — à la Suède, où régnait un jeune souverain professant comme eux la religion réformée, et doué de toutes les qualités qui recommandent les princes à l’estime de la postérité. Gustave-Adolphe, l’honneur de la Suède et de son temps, habile capitaine autant que sage politique, ému d’une sincère sympathie pour l’Allemagne saccagée par le prince même qui avait le devoir de la protéger, prêta l’oreille à ces propositions, mais après s’être assuré du concours de la France. Ce concours ne fut pas d’abord aussi actif que celui de la Suède. C’était une rude affaire pour la France, occupée aussi par des troubles intérieure, que d’entrer de nouveau dans une lutte à outrance avec la maison d’Autriche, plus puissante alors peut-être que sous Charles-Quint, parce que ses forces étaient plus utilement dirigées. La succession constante des princes de cette maison sur le trône impérial depuis Charles-Quint pouvait faire regarder l’empire comme leur patrimoine, et jamais aucun empereur n’avait exercé une autorité aussi absolue que Ferdinand II. Les royaumes de Hongrie et de Bohême étaient soumis, Ferdinand imposait à tous par dix ans de victoires, et il se crut assez fort pour abattre Wallenstein, l’instrument de ses vengeances, devenu redoutable à son prince lui-même ; mais, malgré la puissance de Ferdinand, le prince le plus à craindre alors pour la France était le roi d’Espagne. Nulle autre monarchie dans la chrétienté ne semblait pouvoir lutter avec l’Espagne. Étroitement unie avec l’empire, elle possédait sur la frontière nord de la France la plus riche portion des anciennes Provinces-Unies et le comté d’Artois ; à l’est, elle inquiétait la France par la Franche-Comté, et, maîtresse du Milanais, elle donnait la main à l’Autriche par le Tyrol et la Valteline. Au midi, le continent hispanique, y compris le Portugal, reconnaissait sa loi, et en-deçà des Pyrénées, elle avait le pied en France par la Cerdagne et le Roussillon. Naples, la Sicile, la Sardaigne, les îles Baléares, lui assuraient l’empire de la Méditerranée ; les Indes lui envoyaient leurs trésors, et des relations soutenues avec les mécontens de France lui ménageaient une