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LE
BUDGET DE LA RÉPUBLIQUE

Parmi les difficultés de toute espèce créées à la France par les funestes événemens de 1870 et de 1871, la question du budget de l’état n’est certainement pas la plus simple à résoudre. Les dépenses de la guerre étrangère et de la guerre civile, l’énorme indemnité de 5 milliards stipulée en faveur de la Prusse, la perte de trois riches départemens, ont gravement altéré les conditions d’après lesquelles on avait coutume d’asseoir le calcul des recettes et des charges publiques. L’ancien équilibre s’est trouvé violemment rompu, et, pour le rétablir, il faut rechercher les bases nouvelles sur lesquelles devront reposer les budgets de l’avenir. Ce n’est pas sans un déchirement profond que l’on procède à ce travail, car on y rencontre à chaque pas la trace de nos malheurs, et l’on poursuit une œuvre d’immolations douloureuses. On atteint tous ceux qui servent l’état, on frappe les contribuables, on interrompt des entreprises fécondes. L’amélioration des petits traitemens, les travaux d’embellissement et les travaux utiles, les constructions de lignes ferrées, de routes, de canaux, le perfectionnement des voies navigables, le développement des chemins vicinaux, tout se trouve enveloppé dans les mesures rigoureuses dictées par la nécessité de l’économie. On se voit forcé d’arracher au pays une partie de son bien-être pour payer la rançon de ses désastres. Partout où des réductions sont possibles, on doit les réaliser avec une fermeté inébranlable, sans autre souci ni sans autre règle que l’amour du bien public et le respect scrupuleux des engagemens de l’état. On doit se préoccuper avant tout de pourvoir aux services essentiels, payer la dette, entretenir l’armée et lui donner la force nécessaire pour agir efficacement contre les ennemis du dehors et du dedans, assu-