Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 94.djvu/875

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Grèce par la magnificence de l’ambassade qu’il avait envoyée à Olympie et des sacrifices qu’elle y avait offerts en son nom [1]. Nous n’avons malheureusement que l’exorde de cette harangue, dans laquelle Lysias engageait vivement les Grecs à protester, par une publique manifestation de leurs sentimens, contre l’insolente effronterie du prince qui ose ainsi braver l’opinion après avoir détruit la liberté de son pays et envoyé les meilleurs citoyens en exil. Cet exorde est un beau morceau, d’un caractère grave et patriotique; il fait regretter le reste de l’ouvrage. L’orateur débute, il est vrai, par l’éloge d’Hercule, fondateur des jeux olympiques. C’est que, dans de tels sujets, il y avait toujours une partie de convention consacrée aux antiques légendes, thèmes traditionnels que l’on ne pouvait guère se dispenser de reprendre, tant ils étaient chers à l’imagination grecque ; mais quand on n’était point un simple rhéteur, quand on avait, comme Lysias, des convictions et des idées, ces vieilles fables ne servaient que d’entrée en matière : on savait, comme autrefois Pindare dans ses odes triomphales, se frayer une voie vers quelque chose de plus sérieux. C’est ce qui arrive ici. Après quelques phrases accordées à l’éloge d’Hercule, l’orateur entre dans son sujet. Il exhorte tous les Grecs encore libres à regarder autour d’eux et à s’unir dans un commun effort contre les dangers dont les menacent d’une part le roi de Perse, de l’autre Denys, le tyran de Sicile. Il leur montre la barbarie et le despotisme qui, de l’Orient à l’Occident, semblent se tendre la main afin de se concerter et d’étouffer dans leur étreinte ce qui reste de cités indépendantes et de liberté républicaine. Il se trompait, sinon sur le danger, au moins sur le côté d’où il devait venir. Artaxercès et Ochus étaient bien moins redoutables que ce Darius et ce Xerxès dont la Grèce, cent ans auparavant, était venue à bout en trois ou quatre batailles; affaiblis par les intrigues et la vie du harem, ils avaient bien assez à faire de soumettre leurs satrapes indociles et leurs provinces révoltées. Quant à Denys, malgré son perfide et cruel génie, il était trop loin de Sparte et d’Athènes pour songer à les asservir. C’était vers le nord qu’auraient dû tourner les yeux Lysias et d’autres esprits prévoyans qui sentaient vaguement peser sur l’avenir de la Grèce, épuisée par ses longues divisions, ce péril de l’invasion et de la conquête étrangère. Là s’agitaient, sur les frontières mêmes de la Grèce, autour de l’OEta, de l’Olympe et du Pinde, des populations belliqueuses, assez pauvres, assez peu civilisées pour avoir conservé toute leur sève et leur virilité, assez liées

  1. Nous suivons ici Grote (History of Greece, ch. 77), qui prouve par de très bonnes raisons que Diodore a dû se tromper de quatre ans quand il a placé en 388 cette scène et ce discours.