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plupart des dieux de la légende serbe, figurent sans cesse dans ces chants. La vie décrite par ces poèmes est toute champêtre. Les progrès les plus simples d’une agriculture naissante y sont célébrés comme des merveilles. Des rois qui consultent leurs sujets et vivent avec eux dans une grande intimité gouvernent un peuple dont les mœurs paraissent être d’une grande douceur. Le récit est très simple ; il affecte de fréquentes répétitions qui ont jusqu’à dix et quinze vers ; il aime à rappeler les mêmes épithètes. Bien que l’imagination des chanteurs manque de tout éclat, ces compositions présentent des ensembles qui, pour l’étendue et la suite des idées, sont bien supérieurs aux autres chants bulgares. Les vers, qui ont huit et douze syllabes, se rapprochent beaucoup de la prose. Il serait difficile de citer en entier une de ces poésies : les longs détails y sont trop nombreux ; l’analyse de celle que M. Vercovitch a intitulée les Noces de la belle Voulkana et du Soleil donnera du moins une idée de ce que sont les chants nouvellement découverts dans le Rhodope.


LES NOCES DE LA BELLE VOULKANA ET DU SOLEIL.

« La Terre est retirée dans une profonde caverne, et elle pleure, car elle n’a plus de blé dans ses greniers, plus de foin dans ses étables, et partout s’étend la désolation. Depuis de longs mois déjà, le Soleil refuse d’éclairer la terre. Les chefs des peuples gémissent ; ils ne savent comment ils nourriront leurs sujets. Ils se décident à se rendre, au bout du monde, chez le roi des rois pour lui demander ses conseils.

« Le grand roi les reçoit avec honneur ; il célèbre une fête pour leur venue : le vin coule à flots ; les chefs oublient leurs peuples, et la famine, et la rigueur de la saison. La belle Voulkana, blanche et rose, est remarquée entre toutes les servantes ; les chefs se demandent lequel d’entre eux l’épousera. La belle choisit le roi Brakir.

« Les autres chefs ne pensent plus qu’à la famine qui ravage leur pays, et se mettent à pleurer.

« Cependant, au milieu d’eux, arrive la sœur du Soleil : « Mon frère n’échauffe plus la terre, leur dit-elle, il reste tout le jour à la maison, retiré dans sa petite chambre ; ni ma mère ni moi ne pouvons le distraire ; il jure qu’il n’ira plus surveiller ni ses champs ni ses vaches, s’il n’a pas dans sa maison la belle Voulkana, qu’il a vue un jour du haut du ciel, et qu’il aime tendrement. »

« Tous les chefs promettent que la fiancée de Brakir sera désormais la compagne du Soleil.

« Ce soir, continue la messagère, dressez la table du festin dans le lieu habituel ; que le vin ruisselle dans les coupes. A peine serez-vous assis que les étoiles chanteront en chœur l’hyménée ; dites avec elles la beauté de Voulkana, la puissance de mon frère. Bientôt les étoiles